Naissance des émotions

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Par Anne Marie

Naissance des émotions - moi - la femme et l'amour

Joie, tristesse, colère, qu'elles soient dérangeantes ou plaisantes, il faut bien avouer que la vie nous paraîtrait bien fade sans les émotions. Comme l'écrit le psychiatre Serge Tisseron, «  le squelette du langage ne se passe jamais de la chair des émotions ». Longtemps considérées comme des faiblesses de l'esprit, elles sont aujourd'hui perçues comme des chemins permettant d'y découvrir nos vérités personnelles. Peu importe la façon dont nous les percevons, ou les vivons, nous ne pouvons nier que les émotions nous permettent de nous sentir vivants. Elles sont les réponses aux expériences vécues, elles sont leurs ressentis. Mais comment naissent les émotions ? Comment apprenons-nous à réagir ?
Si leurs apprentissages remontent à notre petite enfance, il est important, selon Serge Tisseron, de savoir différencier les émotions personnelles des émotions apprises.

Apprentissage des émotions

Arrivées au monde dans notre plus simple appareil, notre connaissance du monde, au moment de notre naissance, est quasiment inexistante (autant en ce qui concerne le monde extérieur que notre monde intérieur). Et c'est au travers des interactions avec notre entourage que nous allons, peu à peu, donner du sens au monde qui nous entoure, que nous allons découvrir les émotions que nous ressentons, que nous allons apprendre à favoriser certaines émotions, certains schémas plutôt que d'autres.
Comme l'écrit Serge Tisseron dans son livre « Vérités et mensonges des émotions », « lorsque nous sommes bébés, nous ne savons pas quelle valeur attribuer à nos premières expériences du monde, alors nous calons nos émotions sur celles des adultes avec lesquels nous avons des liens privilégiés ». Grâce au jeu de l'imitation, nous apprenons à découvrir le monde comme notre entourage le connaît. Nos parents étaient-ils craintifs du monde extérieur ? Éprouvaient-ils de la joie à échanger avec un autre ? Les émotions étaient-elles retenues ? C'est ainsi que nous apprenons à craindre ce que notre entourage craint, à rire de certaines situations et à s'angoisser devant d'autres.
Ces imitations vont permettre ensuite à l'enfant de prendre certaines initiatives émotionnelles. Comme le nourrisson qui sourit à la vue de sa mère. Non que le sourire soit inné. Il n'est qu'une imitation, une réponse au sourire qu'il a vu précédemment sur le visage de sa mère. C'est ce que l'on appelle l'adaptation. L'enfant, à mesure de ses apprentissages, s'adapte au monde qui l'entoure, à son environnement familial. S'il se ressent accueilli, il a toutes les chances de devenir lui aussi accueillant.
Il arrive, parfois, que ces apprentissages, s'ils étaient adaptés à un certain monde familial, ne le soient plus dans la vie sociale. À l'instar de ces familles, où les échanges sont dominés par l'hostilité et les luttes de pouvoir. Il y a de fortes chances pour que ce genre d'interactions soit privilégié par l'enfant devenu adulte. On comprend, à la vue de ces constructions mentales, pourquoi nous avons tendance à favoriser certaines interactions, pourquoi nous choisissons certains partenaires amoureux plutôt que d'autres. Car ceux-là sont notre connu.
Bien sûr les émotions que l'enfant ressent, peuvent ne relever que de son expérience personnelle. Cependant, ces émotions personnelles nécessitent qu'elles soient validées par son entourage, afin de pouvoir les comprendre, de leur donner du sens et, par conséquent de les intérioriser. Comme cet enfant, qui, au bruit d'une porte qui claque, se met à pleurer. Si le parent lui explique qu'il a juste ressenti de la peur à ce bruit et que ce n'était rien, l'enfant, le plus souvent, s'arrête tout bonnement de pleurer. Non parce que la porte s'est arrêtée de claquer mais parce qu'une personne lui a expliqué ce qui se passait en lui. Cela donne un sens à ce qu'il vient de vivre (Ressentir la peur). Ces validations permettront, à l'individu devenu grand, de bénéficier d'un plus ou moins large registre d'émotions connues et surtout identifiées, pour faire face aux événements de la vie. De les repérer quand elles font surface, plutôt que d'en être submergé sans parvenir à y trouver un sens.

Émotions personnelles, émotions apprises

Si nous appréhendons le monde par imitation, il est inutile de préciser que ces émotions, loin d'être personnelles, font partie du registre des émotions apprises.
Nous ne pouvons nous construire autrement que dans l'interaction. Elles sont même vitales pour notre développement aussi bien affectif, que moteur (corporel) et intellectuel. Pour preuve, la cruelle expérience du roi Frédéric III, qui, dans le but de découvrir s'il existait un langage originel, avait recueilli une demi-douzaine de nourrissons, qu'il avait privée de tout contact extérieur. Aucun n'a survécu. L'enfant n'a d'autre solution que d'entrer en résonance avec le ressenti de son pourvoyeur de soin (mère, père, nourrice, etc.). Même si ce ressenti est désagréable, il sera toujours préféré au vide. La conséquence de ce mécanisme, auquel il ne peut échapper, est que l'enfant donne un sens à ce qu'il ressent. C'est là qu'il existe un risque : le risque d'égarement, selon le psychiatre Serge Tisseron. Car l'imitation s'appuie sur la résonance d'une émotion, pas sur une compréhension. À l'exemple de cet adulte décrit dans le livre de Serge Tisseron, qui s'est toujours perçu comme un être sans valeur, sans que rien ne vienne appuyer cette thèse. Mais ayant eu une mère dépressive, qui, dû à sa maladie, n'a pu manifester un intérêt quelconque, l'enfant a fini par y comprendre que ce manque d'intérêt le définissait.

Nos émotions se construisent donc autour de deux sources. Une personnelle, propre à notre expérience du monde, l'autre sera le reflet de situations relationnelles, dont l'origine ne nous appartient pas nécessairement. Il est, par conséquent, important, selon le psychiatre Serge Tisseron, d'apprendre à différencier les émotions personnelles, des émotions apprises. Et pour cela, un long travail thérapeutique est souvent nécessaire. Car comme l'écrit Tisseron, « si une situation peut être oubliée, pas la trace émotionnelle qu'elle laisse. Elle subsiste et perturbe la vie psychique et émotionnelle. »

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