Empathie ou sympathie ?

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Par Anne Marie

Empathie ou sympathie - les émotions - soi - etats d'esprit

Si la sympathie est motivée par le bien-être d'autrui, l'empathie est avant tout une aptitude psychologique permettant de ressentir le ressenti des autres. Contrairement à la sympathie ou la compassion, l'empathie ne sous-entend pas nécessairement une bonté d'âme ou une affliction pour les malheurs d'autrui. Cependant, l'empathie n'est pas à négliger. Elle est d'ailleurs une capacité d'une importance capitale en matière d'évolution humaine. Car, l'empathie nous permet non seulement de nous synchroniser à l'autre, mais surtout de le « sentir » afin d'adopter une réponse adéquate, ou bien tout simplement... de le manipuler.
Terme créé, dans un premier temps par le philosophe allemand Robert Vischer, en 1873, pour parler de la compréhension des arts visuels, le concept de l'empathie fut vite repris par les sciences humaines pour désigner la capacité à éprouver ce que l'autre éprouve. Capacité innée, nous serions capables, dès notre naissance, de ressentir le monde qui nous entoure, donc de faire preuve d'empathie. Mais l' empathie suppose-t-elle que nous soyons dotés d'un sens moral ou de générosité?

Comment se développe l'empathie chez l'Homme ?

La découverte de l'empathie chez l'enfant remonte à plus d'un siècle. Déjà Darwin parlait de contagion émotionnelle chez le bébé dès l'âge de 6 mois. Aujourd'hui, les connaissances scientifiques ont pu identifier différents stades dans le développement de l'empathie chez l'enfant. Peu après le stade de la « contagion émotionnelle », cette empathie dite primitive se transformerait en empathie égocentrique vers l'âge de 9 à 12 mois. À ce stade, l'enfant ne ferait pas la différence entre ses propres émotions et celles de son entourage. Si son empathie lui permet de les ressentir, il se pense à la source de tous ses états (voir l'article " naissance des émotions"). Alors que vers 14 mois, l'enfant est totalement centré sur ses propres besoins, son empathie se tourne peu à peu vers les autres entre l'âge de 18 et 24 mois.
Dans les années 1970, les psychologues étudiaient déjà la contagion des pleurs des bébés dans les maternités. Ces expériences ont pu montrer que si le bébé pleure lorsqu'il perçoit la détresse du bébé d'à côté, ses pleurs sont moindres lorsque ce sont des pleurs artificiels, ses propres pleurs ou des pleurs d'animaux. Plus qu'une sensibilité innée, l'Homme serait empathique, avant tout, envers ceux à qui, il peut s'identifier.
Mais quel procédé physiologique est à l'origine de l'empathie ? Parmi les milliards de neurones que nous possédons, certains sont appelés « neurones miroirs ». Ces neurones miroirs permettraient à l'individu de se voir agir à la place d'autrui, ce qui serait à l'origine de notre capacité aux apprentissages par imitation. Le professeur Ramachadran parle d'ailleurs de « neurones empathiques », car ce serait ces neurones qui nous permettraient de vivre, en interne, ces états externes observés, donc de les ressentir. Ainsi, une expérience a montré que les zones cérébrales sollicitées par un pianiste lorsqu'il joue une mélodie seraient identiques à celles d'un pianiste qui l'écoute.
Mais que se passe-t-il si ce processus de mimétisme émotionnel ne peut se mettre en place au début de la vie chez l'enfant ? Selon le psychiatre, Boris Cyrulnik, c'est ce qui s'est produit pour la plupart des individus atteints de perversion mentale, du trouble narcissique de la personnalité et autres psychoses. Car c'est cette capacité de mimétisme qui serait à l'origine de la relation affective, de la capacité à entrer en lien avec autrui, et, par conséquent, qui peut permettre à l'individu de ressentir de la sympathie, de la compassion ou de l'amour pour un autre. Car sans résonance émotionnelle, aucune altérité n'est envisageable. Mais l'empathie suppose-t-elle une générosité innée ? Un sens moral dès notre naissance ?

Empathie, générosité et sens moral

Le magazine La recherche de juin 2015 relate une expérience faite par Paul Bloom, psychologue américain de l'Université de Yale. Ce dernier a pu observer que les choses vont plus loin qu'une simple « contagion émotionnelle » et qu'ils cherchent aussi à apaiser la souffrance des autres. Ainsi, dès que leurs compétences physiques les autorisent (vers 1 an), ils dispensent caresses et cadeaux à son semblable en souffrance. Pour Paul Bloom, « il s'agit d'une volonté d'aider et d'être capable de s'imaginer à la place de l'autre pour comprendre ce qui pourrait lui permettre de sortir de cet état émotionnel négatif. » Il admet cependant que tous les bébés ne sont pas égaux en matière d'empathie. Si certains se montrent d'une grande empathie, certains restent indifférents aux malheurs d'autrui.
Si, pour Freud et les grands noms de la pédopsychiatrie du siècle dernier, le sens moral et la générosité seraient avant tout une affaire d'éducation et d'environnement, cette expérience montre qu'une certaine générosité serait aussi innée, ainsi qu'un sens moral de faire le bien. Paul Bloom est allé plus loin dans son hypothèse et a ainsi pu démontrer que, dès l'âge de 5 mois, le bébé sait faire la différence entre des personnes aidantes et les autres. Les bébés auraient d'ailleurs une préférence pour les personnalités aidantes, et ce, dès les premiers moments de leur vie.
Le bébé serait-il doté d'un sens inné de l'éthique ? Si l'empathie émotionnelle paraît être innée, « le raisonnement moral implique une intégration de plus en plus complexe entre les processus affectifs et cognitifs. », estime le neuroscientifique Jean Decety. Trois zones cérébrales sont impliquées dans les émotions et leur analyse : l'amygdale, l'insula et une partie du cortex préfrontal. Si une connexion entre ces trois zones se met en place très tôt, une maturation du cortex permet une meilleure analyse, donc, une meilleure compréhension. Ainsi, comme l'explique le docteur Decety, si des scènes dérangeantes « suscitent des émotions désagréables à tout âge, plus on grandit, plus le sens moral s'affirme et mobilise moins d'émotions et plus de réflexion ». Ainsi, si le bébé n'a pas la compréhension intellectuelle pour analyser ce qui se passe autour de lui, il perçoit avec une grande exactitude et une grande force la dimension émotionnelle. Selon Decety, les émotions seraient comme des signaux qui permettraient d'alerter le bébé de la situation. Une autre expérience de Decety a pu montrer que les enfants n'étaient d'ailleurs pas généreux par nature. En donnant 10 autocollants à des enfants âgés de 6 à 9 ans, les enfants, quel que soit l'âge, se montraient peu généreux quant à donner une partie de leur butin de façon anonyme à un autre ! L'empathie n'est donc en rien de la sympathie ou de la compassion, elle se résume à la capacité de ressentir, pour mieux jauger et comprendre la situation ou la personne en face de laquelle nous nous trouvons, pour ensuite décider quelle attitude adopter !

Source : magazine La recherche, juin 2015

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