L'enfant intérieur

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Par Anne Marie

L'enfant intérieur - Moi - la femme et l'amour

Si être adulte signifie être psychiquement autonome, pleinement dans sa vie présente, émancipé de son passé, sachant combler ses besoins et vivre ses désirs, à l'abri de l'angoisse et de la dépression, force est de constater que peu d'entre nous ont atteint un état émotionnel adulte.
D'après le psychologue Moussa Nabati, c'est la présence toujours vivace de notre enfant intérieur qui serait à l'origine de beaucoup de nos souffrances psychiques dans nos vies adultes. Car au travers de nos difficultés, ce sont les souffrances de cet enfant, l'enfant que nous étions, qui s'expriment. Le Moi, résultat d'un enchevêtrement de différents sois, abrite, à l'instar des poupées russes, un Moi enfant. Un Moi infantile où se tapissent nos souffrances les plus anciennes.

Pour être adulte, il faut déjà avoir été enfant

Le présent est la résultante d'une construction passée. Pour comprendre son présent, il est inévitable de comprendre son passé, son enfance. Car c'est dans l'enfance que se trouvent les fondations de l'être. C'est dans l'enfance que notre Moi se construit, au fil des expériences vécues, au travers des liens que nous avons tissés. Nous et notre environnement. Car n'oublions pas que même si l'enfant n'a d'autres choix que subir, l'enfant demeure actif dans la relation à l'autre, à ses parents. Il met en place des mécanismes pour assurer sa survie, pour s'adapter.
Selon Nabati Moussa, « un adulte ne peut être grand que s'il a pu être petit ». Il est donc primordial d'avoir pu être bébé, enfant, adolescent, d'avoir pu vivre cette dépendance infantile inhérente à la petite enfance en toute sécurité, d'avoir pu construire un socle narcissique assez solide pour permettre la naissance d'une identité propre, affirmée mais sans un besoin impétueux de prétentions, d'exhibitionnisme. D'avoir pu se sentir désiré simplement pour soi-même, dans la « gratuité du désir ». Bref, d'avoir pu être, d'avoir pu vivre son enfance dans l'insouciance et l'innocence que celle-ci suppose, sans avoir eu à remplir une fonction pour ses parents et en ayant eu sa place d'enfant.
Si devenir adulte suppose avoir été enfant, que se passe-t-il de ce qui n'a pu être vécu sainement ? D'après Moussa Nabati, « tout besoin, étape qui s'est vu frustrée, sautée, avortée, loin de disparaître, se transforme en fantôme, s'opposant à l’expulsion hors de la matrice originelle. » Ainsi tout ce qui n'a pas été normalement vécu dans l'enfance continue de hanter l'adulte. Le Moi adulte est, par conséquent, conditionné par l'état de santé de l'enfant intérieur. L'enfant, que nous avons été, est porteur, par nature, de la puissance libidinale (énergie de vie), il est le point de départ à partir duquel l'adulte est et devient. Il définit l'image que l'adulte aura de lui-même et teinte de ses couleurs les rapports à l'autre. Il est l'adulte à naître.
Lorsque l'enfant a vécu des privations narcissiques (sentiment de compétence bafoué, toute-puissance infantile malmenée, humiliations, maltraitances, etc), il n'a pu vivre son enfance pleinement. Les traumatismes, même minimes, liés à ces manquements, loin d'être tolérés, demeurent, malgré l'adulte, des sources de souffrances. Quand bien même ces émotions, ces vécus seraient refoulés dans les tréfonds de l'inconscient, ils continueront d'émerger dans nos vies sous forme de mal être, d'angoisses, de dépression, etc.

Les fantômes de l'enfance

Certes la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Le tumulte de la vie ne cesse de nous bousculer à coup de ses aléas sans que nous puissions l'en empêcher. Mais si l'état du psychisme ne peut être linéaire, il n'empêche que le lot de difficultés que nous apporte la vie ne peut, chez l'adulte, provoquer l'effondrement de l'individu. Ces difficultés sont inhérentes à la vie. Il serait illusoire de penser que le bien-être s'acquiert une fois pour toutes et protège des coups du sort.
Or, il est couramment observé que moult individus, face au stress, à une rupture, ou même parfois sans raison apparente, connaissent des affects qui font plus que les bouleverser. Certains parlent même d'un sentiment d'anéantissement, ils se sentent envahis par la souffrance psychique. Si le sentiment de déprime est tout ce qu'il y a de plus normal, la dépression l'est beaucoup moins.
Comme Moussa Nabati l'écrit dans son livre « Guérir l'enfant intérieur », « toute démesure reflète un manque. » Et ce manque, c'est chez notre enfant intérieur qu'il faut aller le chercher. Le propre de l'enfance est la démesure, le désordre, l'incohérence, la pensée magique. Le monde de l'enfance se vit dans l'excès, que celui-ci soit affectif, émotionnel, sensitif. C'est au fil de son développement qu'il appréhende la frustration, qu'il favorisera le principe de réalité au principe de plaisir, qu'il acceptera la satisfaction différée de ses besoins. Mais lorsque les besoins de l'enfance ont été bafoués dans l’œuf, la satisfaction de ses besoins devient impétueuse, à vif, violente, sans possibilités de la retarder.

Selon Nabati, l'adulte est alors envahi par le fantôme infantile du manque, de ce qui n'a pas été pleinement vécu enfant. L'adulte n'est plus « maître à bord », il se trouve totalement assujetti aux souffrances de l'enfant intérieur. Tout simplement car l'adulte ne peut ignorer ces manques, ces blessures, ou cela se fera au prix du soi, de sa santé psychique.
L'individu ne peut devenir adulte, vivre pleinement sa vie seulement si les fantômes de son enfance n'ont plus rien à dire, si son enfant intérieur n'a plus besoin de se faire connaître, de se faire enfin entendre, si ses besoins, ses blessures sont enfin guéries.
Il est donc nécessaire de partir à la découverte de son enfant intérieur, de savoir ce dont il a besoin pour enfin pouvoir cultiver un rapport à soi, à l'autre sain et adulte.

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