Enfant gentil, enfant objet

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Par Anne Marie

Enfant gentil, enfant objet - l'enfant intérieur - la femme et l'amour

Enfants gentils, enfants sages, la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum les définit comme des « enfants potiches ». Loin de se vouloir péjoratif, ce qualificatif se veut plutôt descriptif de ce que représente « l'enfant gentil » dans la famille. Potiche, car ces enfants objets sont aussi expressifs que des images. A quoi les reconnaît-on ? Ils ne « dérangent » pas.
Enfants de parents profondément égocentriques, ces enfants sont gentils, non par nature, mais par apprentissage. Réduits à l'état d'objet par leur entourage pendant l'enfance, la majorité d'entre eux continue de se positionner ainsi arrivés à l'âge adulte, sans même s'en apercevoir.
A ne pas confondre avec compassion, leur gentillesse n'est emplie d'aucune altérité, d'aucune générosité véritable. Cette « gentillesse » n'est que l'expression d'un comportement appris afin de répondre au besoin infantile et narcissique d'être aimé.

Des enfants objets

Dans son livre « vaincre la dépendance affective », la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum décrit ces enfants ainsi : « L'enfant gentil est un enfant soumis, qui dit oui à tout, toujours d'humeur égale. L'enfant gentil ne se dispute pas, il joue gentiment, obéit sans discuter et cherche toujours à faire plaisir, à contenter l'autre. »
Ces comportements appris sont la résultante de parents profondément ego-centrés. L'enfant est là pour nourrir le parent, pour répondre à ses désirs. Afin de mieux servir ses attentes, ce parent s'attribue tous les droits sur ses enfants. La désobéissance, perçue comme un irrespect envers le parent, n'a pas plus le droit de citer que les émotions de l'enfant. Ainsi, la colère lui est tout bonnement interdite, considérée comme mauvaise. Ou toute autre émotion qui desservirait les désirs ou la tranquillité du parent. Le ressenti et les pensées de l'enfant se doivent d'être refoulés pour mieux servir son rôle auprès de ses parents. Ce faisant, ces enfants potiches sont privés d'accès à leur Moi véritable, car, dépossédés de leur propre monde intérieur, ils n'ont pu partir à leur propre découverte et se sont vus réduits à un état servile.
Privés de leur droit d'expression, ils ne sont pas mieux lotis quant à leur droit d'exister pour et par eux-mêmes. Si le parent ne prend en considération que son point de vue, il se garde d'accorder ce droit à l'enfant. Pendant toute leur éducation, l'égoïsme est fortement combattu comme valeur morale. Toute plainte, désir, ou envie sont considérés comme un affront au parent. Ne pas déranger, servir l'autre, tels sont leurs mots d'ordre. Seul être gentil lui est autorisé.
Loin d'avoir quoi que ce soit à voir avec la bonté d'âme, être gentil est juste l'expression « d'une résignation apprise » (S. Tenenbaum). Être gentil, obéir, ne pas déranger, apporte l'illusoire sentiment d'être aimé et accepté. Une illusoire sécurité. Tout manquement à cette obligation devient source d'angoisse pour l'enfant, d'affects négatifs. Pour lui, être gentil est sa seule possibilité d'être, indépendamment de ses affects et envies ! S'il veut être aimé, il n'a d'autre choix que de se résigner à cette "gentillesse" apprise.

Une intériorité inexistante

A force de se taire à l'autre, ils ont appris à se taire à eux-mêmes. Toute émotion, à peine émergée, est aussitôt refoulée. L'expérimentation de leur propre monde, qui seule permet de se connaître, est tellement pauvre qu'il n'est pas rare que ces enfants devenus grands (mais pas adultes) confondent le rôle qu'ils se sont vu imposer et ce qu'ils sont véritablement.
N'ayant aucune connaissance d'eux-mêmes, ils n'ont aucune conscience que leur « gentillesse » est un rôle joué, qui ne leur appartient pas. De cette résignation apprise et afin de connaître un semblant de sécurité affective, c'est leur personnalité profonde qui s'est vue sacrifiée. Ainsi parviennent-ils à l'âge adulte sans avoir une vague idée de qui ils sont véritablement et sans même avoir conscience de cette méconnaissance. Selon Tenenbaum, cette méconnaissance de soi peut aller jusqu'à une incapacité à se ressentir.
Cependant, d'après Tenenbaum, ce comportement, souvent sacrificiel, n'a rien d'altruiste. Certes, ces personnes sont capables de se plier en quatre pour un autre. Mais ceci dans un but purement ego-centré : celui d'être aimés. Enfant, leur acceptation, le sentiment illusoire d'être aimé, était totalement assujetti à l'obligation d'être gentil. Leur « gentillesse » est devenu leur raison d'être, leur fonds de commerce.Être autrement les condamnerait à l'isolement, pensent-ils.
Cette attitude est ensuite soutenue par la croyance que c'est en étant gentil que l'on est aimé. Croyance renforcée à chaque relation qu'ils mettent en place. On est gentil pour être aimé amène à la croyance que l'on est aimé parce que l'on est gentil.
Être gentil est alors source de sécurité. Il évite les affects négatifs, il évite le danger et la confrontation. Être gentil permet d'échapper à l'angoisse de séparation, d'abandon, de mort. Mais la croyance que cette « gentillesse », dépourvue d'altérité, est amour est totalement illusoire. Sylvie Tenenbaum parle « d'enfant potiche », et cette notion d'objet perdure à l'âge adulte. Enfant potiche, personne objet, ces enfants devenus grands continuent de se positionner en objet, vis-à-vis de l'autre, dans la plupart des cas, sans même s'en apercevoir, persuadés d'être dans un lien véritable à l'autre. Malheureusment, les objets ne suscitent pas de lien véritable. Seule la rencontre entre deux mondes distincts et reconnus peut le faire. On les accepte parce qu'ils ne dérangent pas et qu'ils sont souvent très malléables ! Il n'est d'ailleurs pas rare que ces enfants devenus grands soient la cible privilégiée des narcissiques, pervers et autres manipulateurs, quand ils n'en sont pas le résultat.

Coincés par le besoin de se sentir aimés par un autre, sans jamais avoir eu accès à un soi propre, les attachements infantiles et pathologiques sont les seuls que ces grands enfants peuvent mettre en place. Leur insécurité interne, leur impossibilité à être soi et donc de satisfaire leurs propres besoins les obligent à une grande dépendance affective. Car pour être autonome, adulte, il faut déjà savoir exister pour soi et par soi-même. Pour pouvoir grandir, ils n'ont d'autres choix que d'apprendre à désobéir et de partir à la découverte de leurs émotions si longtemps enfouies, de laisser parler la voix de leur enfant intérieur si longtemps réduite au silence.

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Commentaires

Commentaire: 
je pense que cette "article" devrait être lu par les dit"enfants objets"(bien que cette désignation ne leur plaira pas!) cela pourrai les aider a se mettre sur la voie de la"compréhension"!!! merci pour eux! car ils ne sont en aucun cas responsable de ce qui leur arrivent !!!