Scénario de vie ou pourquoi l'histoire se répète

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Par Anne Marie

scénario de vie ou pourquoi l'histoire se répète - soi - etats d'esprit

« La vie n'est pas un long fleuve tranquille » annonce si bien le titre d'un vieux film. Cependant, si la vie est remplie d'obstacles, force est de constater que c'est souvent contre les mêmes rochers que nous nous heurtons. Et si la vie n'était qu'un scénario qui n'avait de cesse de se répéter, telle une fatalité, nous amenant à nous confronter sans fin aux mêmes dénouements ?
L'idée de scénario de vie n'est pas nouvelle dans le monde de la psychothérapie et chacun en posséderait un, voire plusieurs. De quoi s'agit-il ? Selon le psychiatre Jean Cottraux, il s'agirait « d'une situation piège, dans laquelle on se débat sans pouvoir en sortir et qui se répète. » Comme un personnage de film à la merci de la plume d'un scénariste, la personne voit sa vie maintenue, de manière répétitive, dans des situations ou des relations insatisfaisantes sans parvenir à s'en sortir. Mais comment se construisent ces scenarii de vie et comment fonctionnent-ils ?

Scénario de vie, de quoi s'agit-il ?

Comme la bobine d'un vieux film qui se déroule, les scenarii de vie se projettent sur la toile de la vie, suivant un plan bien défini et où l'issue de l'histoire est déjà écrite. « Les relations avec les autres sont toujours les mêmes, les mêmes événements se répètent et finissent par donner lieu à un style de vie stéréotypée. Il s'agit le plus souvent de répétitions d'échecs (sur le plan professionnel et sentimental) ou de conduites à risque ( suicide, violence, impulsivité). », écrit Cottraux dans son livre « La répétition des scénarios de vie ».
Ce qu'il y a de plus spécifique concernant le scénario de vie, estime Cottraux, au-delà du sentiment pénible de ne pouvoir se réaliser pleinement et du trouble intérieur ressenti, c'est que l'individu a conscience que ces croyances lui sont préjudiciables, et que quelque chose de plus ou moins identifiée ne fonctionne pas chez lui. Cependant, bien qu'il les voie, il ne peut s'empêcher de s'enfermer de nouveau dans ses propres pièges, sans pouvoir entrevoir une porte de sortie.
Telle la poursuite du malheur, le scénario de vie peut être appréhendé comme la mise en actes de difficulté affective, émotionnelle ou cognitive vécue par un individu, souvent à son insu et malgré lui.
D'où proviennent-ils ? De nos expériences précoces ainsi que de notre environnement social et culturel. Comme l'écrit Cottraux, « toute culture, toute éducation imprime en chacun des scénarios utiles à la survie, mais aussi des idées reçues sans examen et des comportements ritualisés, dont le sens nous échappe. Comme ils ont toujours été là, ils représentent pour nous la réalité. » Ainsi, un enfant, ayant essuyé moult humiliations pendant son enfance, comprendra de ce vécu qu'il n'a aucune valeur et qu'il n'est pas digne d'être accepté des autres. Cette croyance et ce rôle attribué de bouc émissaire deviendront automatiques avec le temps et donneront le thème de son scénario de vie, le poussant à vérifier, à chaque occasion qui se présente, la véracité de ses croyances sur lui-même et la place qu'il occupe dans le monde. En d'autres mots, le fil conducteur de l'histoire de vie est défini par avance par ses propres croyances, il ne reste plus qu'à poser le décor de sa série cinématographique, au gré de la vie qui s'écoule et des rencontres qui se font.
Selon Cottraux, la répétition des « scénarios de vie » peut aussi résulter d'une incapacité à différer ou à inhiber un comportement ou une pensée face à une certaine situation. Il peut être aussi le résultat d'une impossibilité de déchiffrer le sens de sa propre histoire (les expériences, les émotions et les sentiments s'opposent, rendant difficiles la création d'un récit de vie cohérent dans son ensemble). La répétition des « scénarios de vie » peut enfin découler d'un élément de son histoire personnelle ou familiale tu, refoulé, dénié ou inconscient qui pousse la personne à rejouer sans cesse le même jeu, telle la mise en scène de souvenirs perdus qui se rappellent à la mémoire.

Comment fonctionne un scénario de vie ?

« Chaque homme est à lui-même son propre prophète. Quelle que soit la réalité, il l'interprète en fonction de schémas qui lui sont propres et qui jouent le rôle de prophéties autoréalisatrices. Ces schémas se retrouvent au cœur des scénarios de vie. »
Comme nous le montrent les neurosciences, la plus grande part des comportements humains et des processus de traitement de l'information se passe à notre insu et de façon automatique. Pourquoi ? Pour que chacun puisse vivre dans le présent et faire face à ce qui s'y passe. Les pensées, réponses ou réactions, relèvent de conditionnements acquis au cours de nos expériences plus ou moins précoces, que notre environnement a sélectionnés parmi d'autres, car celles-ci nous permettaient de survivre. En d'autres mots, nous agissons consciemment en fonction de raisonnements, automatiques et inconscients, appris antérieurement. Tout ce qui nous renvoie à une situation connue provoque une réponse automatique. Par exemple, « intégrer» le rôle de bouc émissaire enfant nous permettait de conserver notre place au sein du groupe familial et donc de survivre. Parvenu à l'âge adulte, inconsciemment, face à une situation ou à une personnalité donnée, les automatismes de pensées et de réactions se mettent en place pour nous faire rejouer le schéma du bouc émissaire.
Ainsi, l'ensemble de nos réponses émotionnelles, estime le psychiatre Jean Cottraux, « relève d'un conditionnement par lequel un stimulus neutre (lieu, image, son, date, mot, bruit, regard, etc.) est associé automatiquement à certaines manifestations physiques. » Telles des réflexes indépendants de notre volonté, ces actions, croyances et autres interprétations, vont ainsi prendre place dans nos vies et notre quotidien, nous amenant à toujours percevoir la vie selon le même angle.
À l'origine de ces « scénarios de vie » se situent les schémas cognitifs. Ces schémas de pensée ne sont que les interprétations personnelles de la réalité, qui vont influer sur les stratégies individuelles d'adaptation, explique Jean Cottraux dans son livre « la répétition des scénarios de vie ».

Dotée de ces schémas cognitifs, notre mémoire, notre conscience et notre attention, vont se focaliser de manière sélective sur les événements, les détails ou les personnalités qui seront à même de venir confirmer la véracité de nos croyances. Ainsi, si une personnalité narcissique, motivée par des idées de supériorité va focaliser son attention sur tout ce qui pourrait confirmer cette illusoire grandeur, l'individu doté d'une basse estime de lui-même portera son attention sur les événements et détails qui confirmeront sa prétendue infériorité.

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