Le faux self

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Par Anne Marie

Le faux self - être soi - soi - etats d'esprit

C'est à Donald Winnicott, célèbre pédiatre, psychiatre et psychanalyste britannique, que nous devons le concept de faux self. La notion de self, selon Winnicott, est à distinguer de l'approche freudienne du Soi. Le self est à la fois le moi, le ça (ensemble des pulsions instinctuelles) et une partie du surmoi. Il est, selon Winnicott, la partie la plus créative de la personnalité, celle qui joue et imagine. Si l'enfant se développe au contact de son environnement, Winnicott mit à jour, à travers ses travaux sur le développement de l'enfant, la naissance d'un autre self chez l'enfant, contraint de se soumettre aux exigences extérieures et ayant perdu sa spontanéité et son authenticité et qu'il nomme faux self.

Le développement du self

Le Moi est gouverné par un ensemble de pulsions instinctuelles (par exemple, la faim, la soif, le besoin sexuel,...). Ces pulsions sont des charges énergétiques prenant la forme d'états d'excitation, qui s'orientent vers l'extérieur, c'est-à-dire un objet. Objet qui lui permettra de réduire cette tension. À partir de la force de ces pulsions, le bébé va produire des gestes spontanés vers l'objet (la mère au début). Si la mère est suffisamment « bonne », écrit Winnicott, elle va accepter et valider ce geste spontané, ce qui va permettre à l'enfant de donner un sens, une signification à son geste. Grâce à cette acceptation et à la répétition de ces gestes, le bébé va peu à peu intégrer ses pulsions comme partie de sa personnalité et les relations d'objet garderont leur spontanéité. Ce qui donnera naissance à l'installation du vrai self.
Dans ses écrits, Winnicott aborde le sentiment d'omnipotence, qui domine le monde psychique du nourrisson, pour étayer sa théorie. Le monde extérieur est là, selon la perception du bébé, pour répondre à ses besoins. Si la mère est suffisamment « bonne », explique Winnicott, elle répond à cette omnipotence. En acceptant l'omnipotence de son bébé, elle permet à celui-ci d'intégrer peu à peu la présence d'une réalité extérieure, grâce au sentiment de confiance qu'il a pu développer en trouvant un écho extérieur à ses gestes. Il peut entrevoir la garantie que cet extérieur répondra à ses attentes. La présence d'une réalité extérieure est acceptée et l'omnipotence est peu à peu abandonnée.
A contrario, si la mère, au lieu de répondre aux gestes spontanés de l'enfant, elle impose ses gestes et ses choix, le bébé, afin de conserver la relation d'objet, n'aura d'autre choix que de se soumettre au choix de la mère. « La mère qui n’est pas suffisamment bonne n’est pas capable de rendre effective l’omnipotence du nourrisson et elle ne cesse donc de faire défaut au nourrisson au lieu de répondre à son geste. À la place, elle substitue le sien, qui ne prendra de sens que par la soumission du nourrisson. Cette soumission de sa part est le tout premier stade du faux “self”" Dans ce type de rapport, il n'y a plus de place à la spontanéité, expression libre de ses pulsions. L'enfant n'est plus déterminé par ses pulsions, mais par l'environnement. C'est la mise en place du faux self, qui serait alors représentatif d'un rôle qu'on lui aurait imposé.
Le faux self est donc la résultante d'une non-reconnaissance des gestes spontanés de l'enfant. Plus cette non-reconnaissance sera répétée, plus le faux self deviendra une importante partie de la personnalité de l'enfant et prendra un aspect tyrannique.
Selon Winnicott, le faux self peut être envisagé comme une protection du vrai self, considéré comme trop fragile et non accepté par l'environnement.

Rapport entre vrai et faux self

Le vrai self peut être considéré comme un état où l'individu se sent suffisamment en confiance avec lui-même et l'environnement, un état où il pourra accepter de se montrer, en toute spontanéité. Les pulsions ressenties (agressivité, sexualité,...) sont acceptées comme des parties de lui-même et ne soulèvent pas de sentiment de culpabilité ou de honte. Le self demeure authentique.
Le faux self, lui, se distingue par ses attitudes toujours polies dans son rapport aux autres. « L'apparence est investie au détriment d'un moi authentique ». Si le faux self, précise Winnicott, occupe toujours la première place, il finit par être perçu comme une partie essentielle de la personnalité.
Ce qui compte, explique Winnicott, est le rapport entre ses deux self, qui demeure vivace et évolutif tout au long de la vie.
Il distingue cinq degrés d'organisation d'un faux self.

1. le Faux-Self a entièrement recouvert la personnalité, laissant en toute situation une impression de 'fausseté' dans la relation. Le Vrai-Self est totalement dissimulé aux autres. L'individu souffre de la situation qu'il subit en société: la tension entre "Vrai" et "Faux-Self" crée un handicap dans sa vie sociale;
2. le Faux-Self, pour préserver l'individu d'un environnement jugé nocif, maintient le Vrai-Self sous protection;
3. le Faux-Self tente de trouver une adaptation avec l'environnement pour permettre au Vrai-Self de s'exprimer;
4. des identifications tiennent lieu de Faux-Self. Le Vrai-Self parvient à s'exprimer relativement facilement à travers elles;
5. le Faux-Self autorise l'expression en société par une attitude a priori polie, des manières sociales adaptées aux autres et respectant les conventions. Il établit le contact, maintient la distance et préserve l'intimité. Le Vrai-Self peut s'exprimer dès que l'individu le souhaite, et avec qui il le souhaite.

 

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