Nourrir son estime

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Par Anne Marie

Les nourritures de l'estime de soi - soi - la femme et l'amour

Selon le psychiatre Christophe André, l'estime de soi se nourrit de deux ingrédients : le sentiment d'être aimé et le sentiment d'être compétent. L'estime de soi prend ses racines dans notre enfance. Que ce soit l'amour que l'on se porte, la vision que l'on a de soi ou la confiance que l'on place en soi, tous ces ingrédients, formant l'estime de soi, se façonnent pendant notre enfance, au travers des nourritures affectives reçues.

Le sentiment d'être aimé

De l'avis général, l'amour inconditionnel est le lien qui devrait unir le parent à son enfant. Galvaudé, incompris, cet amour inconditionnel n'est pourtant pas l'amour que l'on retrouve dans le rapport parent-enfant. A vrai dire, il n'est même pas très conseillé pour le bien de l'enfant. En effet, les parents, éducateurs par essence, sont en charge de préparer l'enfant à la vie sociale. Ils ne peuvent donc accepter inconditionnellement les comportements de leurs enfants.
D'après le psychologue Moussa Nabati, l'enfant devrait « être désiré simplement pour lui-même, pour ce qu'il est réellement, dans la gratuité du désir, et non pour ce qu'il représente pour les parents.» Ainsi la justesse du rapport parent-enfant se situerait plus dans la gratuité que l'inconditionnalité. Cependant, force est de constater qu'il apparaît plus répandu chez les parents, le plus souvent inconsciemment, que ces derniers se servent de leurs enfants pour leurs propres nourritures narcissiques et affectives. Or, c'est au travers du regard de ses parents que l'enfant apprend à se sentir aimable pour ce qu'il est. On comprend ensuite pourquoi il paraît si difficile, pour beaucoup d'entre nous, de se sentir aimables sans avoir à remplir une fonction, sans avoir à être là pour un autre, bref, sans avoir à payer de prix pour être aimé(e).
De plus, comme le dit le psychiatre Christophe André, « l'intention d'amour ne suffit pas si elle n'est pas suivi d'actes et de gestes concrets. » Pour se développer, l'enfant a besoin de faire du sens avec ce qu'il vit, ce qui l'entoure. L'enfant interprète les comportements et pensées de ses parents à son encontre, nantis de la toute-puissance que leur octroie l'enfant. Ainsi si les parents sont maltraitants, l'enfant se perçoit comme un être indigne d'amour. Ou bien encore des parents plaçant leur progéniture sur un piédestal, l'enfant continuera de se percevoir ainsi. Et ces différentes perceptions se feront au détriment de la réalité, le plus souvent en parfaite inconscience. Les parents définissent leur enfant, ou plutôt la façon dont l'enfant va se percevoir. Puis, au fil du temps, le discours parental devient le critique intérieur de l'enfant, ses références.

La connaissance de soi, socle de la confiance en soi, du sentiment de compétence

La connaissance de soi n'est pas innée, elle s'acquiert tout au long de notre vie. La connaissance de soi suppose, dans un premier temps, l'existence d'une certaine conscience de soi. Orcelle-ci n’apparaît que vers l'âge de huit ans chez l'individu.
En effet, la conscience de soi implique un accès à l'individualité, à une identité propre. La connaissance de soi ne peut surgir seulement lorsque le soi est déjà construit.Celle-ci est emplie, dans un premier temps, d'une construction du soi à travers le regard de son environnement familial, culturel. Et surtout, de ce que celui-ci nous a permis d'expérimenter.
Le regard sur soi est à l'image du regard que l'on portait sur nous, non une connaissance propre. Sylvie Tenenbaum définit l'estime de soi comme la représentation, « le reflet, le double de la confiance que nos parents ont placé en nous. Il renvoie à la culpabilité d'être mauvais, aux carences narcissiques. » En sus de cette confiance placée en nous, les parents, modèles référents de l'enfant, transmettront à leur progéniture, au travers d'apprentissage, leurs propres façons d'être, leurs peurs et angoisses. Jung disait à ce propos, que « les enfants sont éduqués par ce que l'adulte est, non par ses bavardages. »

Si dans un premier lieu, l'amour, l'acceptation gratuite, la protection furent absents pendant l'enfance, le narcissisme de l'enfant, assise indispensable sur laquelle se fonde l'estime de soi, ne pourra se développer correctement. Sans ces ingrédients, il sera difficile à l'enfant de développer une sécurité interne suffisante pour partir à la découverte du monde, à la découverte du soi. Mais si l'enfant a besoin d'amour pour venir au monde, comme le dit Boris Cyrulnik, « il faut aussi que cet amour meure pour que l'enfant devienne une personne, pour l'éduquer, c'est-à-dire le conduire hors de soi », hors de la matrice maternelle. Car si « sans amour, les choses ne prennent pas de sens, trop d'amour empêche la naissance d'un monde extérieur », il n'y a alors pas de place pour un soi différencié.

En effet, pour se découvrir, se connaître, l'enfant doit expérimenter. Si la protection est nécessaire à la naissance, trop de protection finit par tuer la protection. Cette surprotection maintient l'enfant dans un cocon, lui interdisant la découverte de ses besoins, de ses désirs, de son soi profond. Il n'y a pas de place pour la découverte du « je » de l'enfant. Cet enfermement, interdisant l'expérimentation du monde extérieur, empêchera le développement de la confiance en soi, de sa capacité à être au monde, à agir, à être lui-même, à accéder à son soi profond, différencié, unique.

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