La personnalité histrionique

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Par Anne Marie

Histrioniques, ces personnalités qui veulent être aimées mais qui ne savent pas aimer

Anciennement connue sous le terme d'hystérie, la personnalité histrionique fait partie des troubles de la personnalité dont les caractéristiques sont énumérées par le DSM IV (manuel diagnostique des troubles mentaux). Cependant, si le trouble de la personnalité histrionique relève d'un fonctionnement pathologique, ce trouble peut tout à fait exister sous forme de traces, chez des personnalités dites normales.
Si le trouble histrionique peut autant atteindre les individus de sexe féminin que masculin, on reprendra la description simplifiée de ces personnalités donnée par le psychiatre Patrick Lemoine. « Ce sont des allumeuses dont le symptôme principal est de tenter en permanence de séduire.... pour mieux repousser. Elles sont des femmes-enfants, avec leurs façons de minauder, battre des cils, capter l'attention. Souvent, leur voix haut perchée complète l'ensemble. »
Personnalité hautement autocentrée et d'une grande labilité émotionnelle, elle se caractérise aussi par de grandes difficultés à s'engager dans des relations affectives durables, tout en cultivant, le plus souvent à son insu, des délires de grandeur narcissique quant à la qualité des relations qu'elle pense entretenir.

Des émotions intenses dans un ego en souffrance

Le DSM IV fait état de huit caractéristiques pour définir le trouble de la personnalité histrionique. Cinq sont nécessaires pour déterminer un fonctionnement pathologique.
1. Le sujet est mal à l'aise dans les situations où il n'est pas au centre de l'attention d'autrui
2. L'interaction avec autrui est souvent caractérisée par un comportement de séduction sexuelle inadaptée ou une attitude provocante.
3. Expression émotionnelle superficielle et rapidement changeante
4. Utilise régulièrement son aspect physique pour attirer l'attention sur soi (que ce soit par des vêtements, des accessoires ou l'exploitation du corps, tout est bon pour sortir du lot)
5. Manière de parler subjective et pauvre en détail ( les émotions sont privilégiées à l'intellectualisation et à la rationalisation)
6. Dramatisation, théâtralisme et exagération de l'expression émotionnelle.
7. Suggestibilité, est facilement influencé par autrui ou par les circonstances.
8. Considère que ses relations sont plus intimes qu'elles ne le sont en réalité.

Si ce trouble se caractérise en premier lieu par un besoin impérieux de séduire autrui, de le manipuler, en toute inconscience ou non, afin de combler son besoin d'attentions et d'amour, le monde de ces personnalités est tout autant empli d'émotions intenses. Cependant, malgré la très grande charge émotionnelle, celles-ci sont extrêmement superficielles et instables, et peuvent être aussi une manière d'attirer l'attention sur elles.
Malheureusement, cette hyperactivité émotionnelle est le plus souvent source de souffrances, qui peut les mener à des "décompensations dépressives" . Derrière ces émotions intenses, se cache une immense angoisse de ne pas être aimé, ainsi qu'une très basse estime d'elles-mêmes. Afin de ne pas se confronter à ce profond désamour qui les anime, ces individus n'ont de cesse de chercher chez l'autre une valorisation narcissique. Ce que leur permet la séduction. Car dans leur monde, dont la plus grande partie est ignorée, l'Autre n'est qu'un instrument pour combler un ego en mal de reconnaissance. Émotions, séduction, manipulation de leur propre ego, théâtralisation, tout est bon pour demeurer dans un monde superficiel plutôt que de se confronter à cette profondeur angoissante qui les anime.
Cette superficialité a d'autres conséquences. Les spécialistes de la santé mentale soulignent d'ailleurs largement les difficultés pour ces personnalités de faire un véritable travail d'introspection. Avec un monde intérieur dominé par les émotions et les intuitions, ainsi que la fuite en avant d'un socle narcissique défaillant, peu de place est laissée à la rationalisation, donc, au travail analytique. Comme l'écrit la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum, « L'estime de soi est trop faible pour supporter la moindre forme d'introspection sur leurs véritables motivations et leur besoin obsessionnel de séduire. » Habitées par les pensées magiques et les leurres, la perception de leurs relations aux autres subit aussi les conséquences d'une introspection trop faible.

Un rapport biaisé et difficile à l'autre et à l'intimité

La personnalité histrionique « aurait plus de gratification en se livrant à des tentatives successives de séduction des autres qu'en restant dans une liaison durable. Voir qu'elle peut plaire la rassure superficiellement, tandis que prendre le risque de décevoir en se révélant lors d'une liaison gratifiante les angoisse profondément. » Ainsi explique le psychiatre Christophe André, pourquoi ces personnes auraient tant de difficultés à entrer dans une relation intime.
La thérapeute Sylvie Tenenbaum soulève un autre aspect du mode relationnel de ces personnalités. Si l'Autre sert à les valoriser narcissiquement, il est d'usage de constater une certaine érotomanie chez ces sujets, c'est-à-dire, non seulement la pensée que leurs relations sont plus intimes qu'elles ne le sont en réalité, mais la certitude que les personnes du sexe opposé sont amoureuses d'elles et qu'elles n'y sont pour rien, ce qui leur permet de cultiver une illusoire grandeur narcissique et donc, encore une fois, de ne pas se confronter à l'angoisse profonde qui les anime.
Leur relation aux autres, peu importe leur nature, n'est ni intime, ni authentique, comme le souligne Sylvie Tenenbaum dans son livre « Vaincre la dépendance affective ». Elles se résument à des relations de dépendance et de faire-valoir narcissique. Tout, dans le monde de ces personnalités, est dominé par la superficialité.
Leur incapacité à l'introspection et le déni de leur besoin de séduire les empêchent, le plus souvent, de prendre conscience que ce sont elles qui sont allées susciter le désir chez autrui, leur laissant ainsi, en toute cohérence, la possibilité de rejeter l'Autre, quand celui-ci se laisse prendre à leur jeu. Attirer l'autre pour ensuite mieux le rejeter est certainement ce qui définit le mieux ces personnalités en mal de reconnaissance narcissique.
Leur incapacité à s'engager réellement dans une relation affective peut être aussi le résultat d'une pulsion sadique ressentie envers le sexe opposé. En les repoussant après avoir suscité le désir chez eux, elles les placent ainsi dans l'impuissance de la satisfaire. On peut aussi y voir la réponse à un besoin de pouvoir, de contrôle et à une incapacité à l'abandon nécessaire à la naissance de toute relation amoureuse durable et gratifiante. En suscitant dans un premier temps le désir chez autrui, pour ensuite lui refuser le pouvoir de la satisfaire, la personnalité histrionique garde ainsi le contrôle de qui peut la satisfaire. Qui ne seront jamais, bien sûr, ceux et celles qu'elle aura séduits. Car, comme le dit le psychothérapeute Erick Dietrich, au fond, «  l'hystérique ne veut pas jouir. »
Certains psychothérapeutes y perçoivent aussi une névrose œdipienne. À la recherche constante d'une figure parentale symbolique, les personnalités histrioniques se retrouvent ensuite prisonnières d'un conflit interne, entre le désir pour cette figure parentale et l'interdit de l'inceste.
Peu importe les motivations sous-jacentes à leurs comportements, qui sont le plus souvent de sources multiples, tous s'accordent à dire que la résolution de leur problématique ne peut se faire que grâce à un travail thérapeutique de type analytique, où, peu à peu, elles devront apprendre à se détacher de leur monde émotionnel autocentré pour investir le principe de réalité, d'accorder plus de place à la rationalisation des situations plutôt qu'aux envolées émotionnelles. Ainsi que de reconstruire une image de soi adéquate et d'affronter leur angoisse et leur désamour profond d'elles-mêmes, sans avoir recours aux illusions de grandeur narcissique.
Que faire pour ceux et celles qui se trouvent face à ce type de personnalité ? Comme l'écrit le psychothérapeute Erick Dietrich« L'hystérique ne veut pas jouir. Alors à vous de ne pas tomber dans le piège de vouloir le ou la satisfaire. »

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