Repérer l'enfant intérieur

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Par Anne Marie

Repérer l'enfant intérieur - enfant intérieur - soi - la femme et l'amour

Résultat d'un enchevêtrement de différents « Moi », le moi adulte peut parfois être complètement soumis au Moi infantile, l'enfant que nous avons toutes été. L'enfant intérieur demeure, que nous ayons acquis une maturité adulte ou non. Mais plutôt que d'être notre meilleur allié, notre source d'énergie, de vie, notre inspiration, l'enfant intérieur nous tiraille par les souffrances qu'il ressent, par ce qu'il n'a pas pu vivre sainement dans son enfance, par ses traumatismes, nous assujettissant à sa force. Difficile à identifier, car les secousses psychiques de l'enfant intérieur sont en nous depuis la nuit des temps. Ses souffrances sont devenues celles de l'adulte. Elles sont notre quotidien. Nous avons le sentiment que c'est notre Moi, dans son entier, qui s'exprime.
Cependant, la reconnaissance de ses maux est nécessaire afin de pouvoir guérir, de devenir adulte. Il est indispensable de l'écouter, de l'identifier en nous. Mais à quoi le reconnaît-on ? Comment se manifeste-t-il ?

Une vie dictée par le besoin

Tant que les souffrances de l'enfant intérieur demeurent, elles continuent d'envahir le Moi adulte, l'empêchant d'être lui-même, mature, acteur de sa vie, uni et lucide. Le psychologue Moussa Nabati, dans son livre « Guérir l'enfant intérieur », écrit : « Derrière tout affect, toute angoisse, toute colère, toute souffrance, toute jalousie, ambivalence ou soif de séduction, se cache l'enfant intérieur, porteur d'un message concernant le sujet. »
Nous nous développons suivant la satisfaction de besoins fondamentaux (être en sécurité, aimée, estimée, reconnue). La non-satisfaction de ces besoins, loin d'être anodine, continuera de hanter l'adulte. Comme un tyran, il persistera à se faire connaître tant que ces besoins fondamentaux n'auront pas été assouvis, tant que les traumatismes n'auront pas été reconnus, tant que les émotions n'auront pas été vécues, tant que l'enfant intérieur n'aura pas été écouté. Coincé avec des besoins non-satisfaits, des traumas non reconnus, etc, l'enfant intérieur occupe toute la place dans la vie psychique de l'adulte.
En l'absence de cette reconnaissance, la libido (énergie vitale) est entièrement occupée par les besoins de l'enfant intérieur. Il n'y a, dès lors, plus de place pour des désirs émanant d'un Moi adulte. L'adulte se retrouve comme séquestré par son passé, l'empêchant d'investir un présent détaché de son histoire. Une vie où tout désir se voit perverti en besoin, empruntant la voie émotionnelle de l'enfant intérieur, qui est celle du principe du plaisir. Elle se manifeste souvent d'ailleurs par une intolérance aux frustrations, contraintes et privations.
Il est important d'identifier les besoins qui n'ont pas été nourris, d'écouter la souffrance du petit enfant qui s'est vu bafoué dans son intime. La mise en lumière de ces manques, de ses émotions véritables peut parfois suffire à créer un pont entre le moi adulte et le moi infantile, un chemin pour enfin pacifier ses liens.
L'enfant intérieur continue aussi d'exister au travers de symptômes, de comportements que nous avons appris pendant notre enfance afin d'assurer notre survie psychique, d'éviter l'implosion. Devions-nous taire nos émotions ? Devions-nous nous protéger des liens affectifs car trop dangereux ? Enfant, nous n'avions d'autre choix que de subir. Mais, ces comportements de protection, de défense, s'ils avaient une raison d'être pendant notre enfance, n'ont plus lieu de se manifester à présent que nous sommes adultes. Pourtant, beaucoup d'adultes continuent de se comporter comme s'ils étaient toujours des enfants sans défense. Sans avoir compris qu'ils n'avaient plus besoin de ces comportements, de ces systèmes de défense.
Un autre besoin infantile qui conditionne la vie de beaucoup d'adultes est la dépendance affective. La dépendance affective, le besoin de relation fusionnelle sont aussi l'expression de la présence, trop grande, de notre enfant intérieur. Le Moi infantile recherche, parfois avec avidité, la sécurité qu'apporte la relation fusionnelle. Mais derrière cette sécurité, c'est la matrice originelle qui est recherchée. Alors que le Moi adulte, autonome, cherche à se différencier, à vivre selon son Moi véritable. (Il est capable d'accepter l'individualisation avec tout ce qu'elle comporte.) Le Moi infantile, lui, évite de se différencier du groupe, de l'autre, de quitter la matrice et de voler de ses propres ailes.
Chacune a ses nœuds, ses points sensibles construits au fil de son histoire personnelle. Il est indispensable de les identifier dans chaque domaine de son quotidien, de se demander que veut nous dire notre enfant intérieur ? Quel est le message transmis à travers les émotions ressenties ? Car, comme l'écrit Nabati, « toute souffrance comporte la vérité la plus profonde de chaque être ».
La présence en nous des fantômes de notre enfance n'a pas seulement pour effet de nous maintenir dans le besoin. L'enfant intérieur est aussi source de nombreux conflits intérieurs.

Une guerre civile intérieure

Avec un moi morcelé, le moi adulte reniant le moi infantile, il n'y a rien d'étonnant de se trouver en proie aux conflits intérieurs. La vie psychique se retrouve constamment en flottement entre ces deux forces du Moi. L'ambivalence se fait reine, où les « je veux » mais « je ne veux pas » se succèdent sans parvenir à trouver un compromis. Cette indécision, porteuse de deux messages distincts et contraires, n'est que la confrontation du moi adulte et du moi infantile. Deux forces mettant en vrac l'équilibre psychique de l'individu. Deux forces qui ne peuvent trouver un accord, amenant l'individu à connaître un état intérieur de guerre civile. Un moi adulte cherchant à s'imposer par la raison, opposé à un moi infantile, qui, par la force de ses émotions, cherche coûte que coûte à se faire entendre.
Beaucoup d'adultes pensent qu'ils peuvent faire fi de ces dilemmes. Que la raison finira par l'emporter. Si l'adulte bénéficie de la raison, l'enfant intérieur lui a les émotions. Alors si la raison peut nous manipuler, il n'en va pas de même pour les émotions, qui, elles, sont toujours porteuses de vérité. Il ne faut pas oublier que l'enfant intérieur est porteur de notre Moi véritable, l'adulte ne peut vivre sa vie qu'en accord avec son enfant intérieur. Il devient alors primordial d'écouter ce qu'il a à nous dire.
L'indécision n'est pas la seule manifestation de ce conflit intérieur. La personne adulte, en proie aux fantômes de son enfance, est aussi sujette à l'instabilité émotionnelle. Tant que les liens avec l'enfant intérieur ne sont pas pacifiés, il demeure impossible à l'adulte de parvenir à une alliance, un équilibre avec son moi infantile. Il ne cesse d’osciller entre mélancolie et excitation, de vivre un chaos émotionnel qui peut amener la personne à expérimenter la dépression.

Certaines difficultés inhérentes à la vie adulte peuvent l'amener à connaître des états régressifs, c'est-à-dire des états émotionnels qui correspondent à des stades révolus de notre développement. Ces régressions émotionnelles ne sont, comme le dit Moussa Nabati, que la mise à jour des fantômes de notre enfance.
Notre quotidien est parsemé de paroles que nous murmure notre enfant intérieur. Il ne cesse de taper à la porte de notre conscience pour qu'enfin nous lui laissions une place. Loin d'être notre ennemi, il est juste une partie de nous en souffrance, une partie qui ne demande qu' à être entendue pour enfin trouver une paix intérieure.

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