Une histoire d'éducation

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Par Anne Marie

Sexualité, une histoire d'éducation

Beaucoup de fausses croyances entourent la sexualité. Notamment celle qui nous amène à penser que la sexualité est innée, naturelle. Et bien non ! Bien que sa pulsion le soit, son expression et son accès sont, quant à eux, une histoire, où biologie, culture et histoire personnelle sont intrinsèquement liées. Et c'est à la croisée de ces trois influences que la sexualité adulte se situe.

Quand la sexualité est matraquée par la culture

Théorisée, montrée du doigt, passée sous silence, la conception de la sexualité fut pendant longtemps une affaire d'hommes. Surtout la sexualité féminine ! Ainsi, pendant plus de vingt siècles, la sexualité féminine fut dominée par l'idée qu'une femme convenable ne pouvait éprouver du plaisir pendant l'acte sexuel.
Malgré des mœurs qui évoluent, la théorie persiste dans les tréfonds de l'inconscient collectif. Une théorie où attente et passivité demeurent les attributs de la femme vertueuse. Une sexualité activement vécue ne pouvant être les faits que d'une prostituée. Stabilité sociale, domination et permanence d'un système patriarcal où l'idéologie bourgeoise impose, à coups d'interdits, ses diktats. La société actuelle peine toujours à se débarrasser de ce bain culturel.
Certes la religion y a mis du sien en montrant la sexualité comme un péché, une « cochonnerie » menant droit aux feux de l'enfer. Mais la culture ambiante, ponctuée de mœurs puritaines, n'a pas laissé la sexualité en reste. Culture puritaine ayant influencé jusqu'à la médecine. Ainsi le nerf et les vaisseaux conduisant au pénis et au vagin se sont vus affublés du terme honteux : le nerf honteux, la veine honteuse ! Car la sexualité se devait d'être honteuse ! Cependant, ce n'est pas tant la sexualité qui est visée. Car elle a sa fonction utile : la survie de l'espèce.
Non, ce qui est frappé des foudres de la moralité, c'est le plaisir. Le plaisir sexuel. C'est lui le vrai coupable, la chose incriminée. Pendant longtemps, la sexualité, déviée de sa fonction reproductrice, n'était que perversion. Le recours aux différentes sources de plaisirs sexuels (oral, génital,...) était l'affaire de pervers polymorphes (P. Brenot). Alors le plaisir est tu, tabou, car empreint de culpabilité. Encore aujourd'hui. Selon l'enquête de 1993 menée en France sur les comportements sexuels, seuls 36% de la population expriment leur désir à leur partenaire. Cela veut dire que 64% ne disent mot, consentent et.... du coup cultivent frustrations et ressentiments.
Mais la culture, la société, ne laissant que peu d'élus sur ses bancs de touche, entacha de sa pudibonderie la cellule familiale. Cellule où l'enfant y appréhende les codes sexuels, qui lui montre la voie d'une vie sexuelle adulte, et surtout codifie les voies menant au plaisir.

La sexualité, une histoire personnelle

Enfant, nous expérimentons le monde et, ce faisant, nous en apprenons les codes au travers de notre environnement, et surtout, à l'accueil fait à nos comportements. Les potentiels sensoriels, notamment la sensorialité corporelle, sont déjà présents en nous à notre naissance. La rencontre de ce potentiel et de notre environnement physique, relationnel et affectif câblera notre système nerveux selon certains schémas. La sensibilité de la peau se met en place à travers le toucher mère-enfant. Le toucher était-il quelque chose de normal dans notre famille ? Était-il empli de culpabilité ? Chacun aura une approche différente de la sensualité, du plaisir selon son histoire personnelle, son câblage personnel.
Naissance et apprentissage de la sensorialité, l'enfance est une période de découverte du plaisir procuré par l'attouchement des zones érogènes. Alors que le ressenti de ces plaisirs sexuels est tout à fait normal, l'accueil fait à ces plaisirs par l'environnement familial conditionnera la liberté d'accès à ces plaisirs à l'âge adulte. Or, force est de constater que la sexualité de l'enfant est déniée par les adultes. Et quand celle-ci n'est pas désavouée, les plaisirs ressentis sont alors pervertis par la vision parentale, par des discours encore trop répandus (c'est sale, c'est interdit).
Par conséquent ces plaisirs pervertis pendant l'enfance demeureront entachés de ces codes à l'âge adulte. L'accès au plaisir restera difficilement vécu à l'âge adulte. Car comme disait Buffon, « nos vrais plaisirs consistent dans le libre usage de nous-mêmes ». Il faut ajouter à cela que si la construction de notre sexualité se fait au travers de nos ressentis, de nos câblages personnels, elle est aussi une affaire de modèle. Comme le sexologue P. Brenot l'écrit, un modèle est nécessaire. Pas de modèle, pas de sexualité. Brenot, dans son livre « L'amour et le sexe », relate l'histoire de ce couple de primates du zoo de Munich, qui, chacun de leur côté ayant grandi loin de leurs semblables, ne pensait pas le coït une fois réunis. Il aura fallu quelques vidéos montrant l'acte sexuel chez leurs pairs pour qu'aussitôt ils se mettent à les imiter. Ainsi si la sexualité est inexistante, tabou au sein du couple parental, ce modèle influencera grandement les choix d'expression de la sexualité de l'adulte au sein du couple. Le couple parental se trouve alors devant la double contrainte de veiller à laisser l'enfant hors de la sexualité du couple, tout en maintenant un discours libre et juste la concernant. En prenant en compte, que l'enfant ne peut érotiser le lien qui l'unit à son parent.

Ainsi une rééducation d'accès au plaisir est parfois à envisager pour que l'adulte puisse enfin avoir accès à une jouissance libre. La prise de conscience nécessaire de certaines croyances et de cette chère culpabilité face au plaisir, puis leur abandon, ainsi que la mise en place de nouvelles empreintes permettant de nouveaux câblages, pour que le plaisir ne soit plus ressenti comme douloureux, pour qu'un certain érotisme puisse enfin s'exprimer.

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