La masturbation féminine est-elle nécessaire ?

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Par Anne Marie

La masturbation féminine est-elle une pratique sexuelle nécessaire ? - sexualité - relation - états d'esprit

Longtemps condamnée par l’Église et la médecine, la masturbation était considérée comme un vice qui ne pouvait mener l'individu qu'à la débauche. Plaisir coupable, la masturbation est pourtant une pratique sexuelle nécessaire à qui souhaite partir à la découverte de sa sexualité et les plaisirs qu'elle procure, que l'on soit un homme ou une femme.
Alors que la masturbation est envisagée comme partie intégrante de la sexualité masculine, et malgré les avancées sociales et la libération sexuelle des femmes, la masturbation féminine fait toujours figure de sexualité honteuse, voire interdite. Depuis l'Antiquité, la morale pudibonde exige que la sexualité féminine se découvre seulement au contact de l'homme. Comme l'écrit si bien la sexothérapeute Catherine Blanc, la femme est en « attente que le pénis lui révèle son intérieur »!

La masturbation féminine ou la découverte du plaisir

Alors que l'on estime normal pour un adolescent de sexe masculin de pratiquer la masturbation et de découvrir ainsi ses capacités érectiles et sa jouissance sexuelle, beaucoup seraient encore choqués aujourd'hui d'observer le même comportement chez une jeune fille. Rein d'étonnant, donc, que tant de femmes, arrivées à l'âge adulte, en connaissent si peu sur leur propre sexualité et leur capacité de jouissance. Nombreuses sont celles qui attendent encore un partenaire pour les découvrir et qui remettent volontiers le pouvoir de leur jouissance entièrement entre les mains de l'homme.
Pourtant, c'est grâce au toucher que nous éveillons notre sensorialité et que notre sensibilité au toucher se développe. Les sensations sexuelles ne font pas exception à la règle. Comme l'estime le sexologue et psychiatre Philippe Brenot, la masturbation est « un élément fondamental de la sexualité ». La masturbation, que ce soit pour un homme ou pour une femme, permet non seulement l'apprentissage de sa propre sexualité, mais elle permet aussi d'apprivoiser les réactions de son corps sexué. Elle autorise la connaissance de son corps et des sensations que procure le plaisir sexuel. Comme l'écrit la sexothérapeute Catherine Blanc, dans son livre « la sexualité des femmes n'est pas celle des magazines », « la sexualité se construit lentement, dans l'expérience, l'écoute et la reconnaissance que l'on s'accorde... Il n'y a pas de type féminin mais autant de réactions que de femmes qui doivent apprendre à se connaître. »
Malheureusement, la masturbation féminine se perçoit toujours à travers le prisme de la pudibonderie bourgeoise, qui l’entache depuis la nuit des temps d'un arrière-goût de vulgarité. Mais le refus d'une pratique sexuelle vulgaire est-elle la seule raison qui explique que seulement à peine la moitié des femmes ont déjà pratiqué la masturbation?

Un plaisir autonome mature

Si certaines pratiques sexuelles sont encore taboues et considérées comme honteuses, la morale bourgeoise n'explique pas tout. Le recours à la masturbation place l'individu, seul, face à son propre plaisir, sa sexualité et son désir. En se dotant de la capacité et surtout de la liberté de se donner seul du plaisir, l'individu investit sa propre puissance sexuelle. Il devient alors maître de son propre plaisir sexuel.
Seul, il est capable de s'octroyer la jouissance. Son plaisir n'est plus dépendant d'un autre. Et c'est souvent là que le bât blesse pour beaucoup de femmes. Pour celles-ci, seul l'homme détient le pouvoir de leur faire vivre le plaisir sexuel, ce qui provoque, le plus souvent à leur insu, la mise en place d'une position de soumission et de dépendance face au désir masculin.
Car, en s'appropriant le pouvoir de sa propre jouissance, la femme se trouve face à la responsabilité de son propre plaisir sexuel, qui est le plus souvent vécu, consciemment ou non, avec une grande culpabilité. Alors que de donner à l'autre la responsabilité de sa jouissance permet de se déculpabiliser du plaisir ressenti. L'autre fait jouir, pas soi-même !
En plus de la confronter à sa culpabilité d'éprouver du plaisir provoqué par elle-même et pour elle-même, détenir le pouvoir de sa propre jouissance l'oblige à grandir. Comme l'écrit Catherine Blanc, « une sexualité adulte et active officialise la destitution des rôles parentaux ». En se dotant de sa puissance sexuelle, c'est son statut de femme-enfant qu'elle doit abandonner, et donc sa position de soumission, au profit de celui d'une femme adulte forte, autonome et responsable. Une femme séparée de l'autre.

Une pratique inégale

En 2008 a eu lieu, en France, la dernière grande enquête sur la sexualité et ses pratiques, sous la direction de la sociologue de l'INSERM Nathalie Bajos. Cette étude a mis à jour de grandes inégalités dans les pratiques sexuelles, notamment en matière de masturbation féminine. Si la masturbation masculine est une pratique très répandue (seuls 9% des hommes reconnaissent n'avoir jamais eu recours à cette pratique), il n'en va pas de même pour les femmes.
51,6% des femmes non diplômées n'ont ainsi jamais pratiqué la masturbation contre 20% chez les femmes diplômées. Si l'on pense considérer que les jeunes générations sont plus ouvertes aux différentes pratiques sexuelles, on retrouve ce même écart dans la pratique de la masturbation entre diplômées et non diplômées chez les plus jeunes.
Mais l'éducation scolaire n'est pas le seul critère à mettre à jour des différences. L'appartenance religieuse, qui implique un comportement sexuel plus traditionnel, a aussi des conséquences sur les pratiques sexuelles. Ainsi, les musulmans affirmés sont ceux qui ont le moins recours à la pratique de la masturbation (5,6%), contre 16,5% pour les chrétiens pratiquants. Et ce, indépendamment du milieu social observé. Ce qui traduit « une réticence à aller au-delà des pratiques les plus identifiées à la pratique conjugale classique, quel que soit le milieu social. »

L'étude révèle aussi que les pratiques sexuelles sont plus diversifiées chez les individus ayant eu plus de partenaires au cours de leur vie. La rencontre avec des personnes ayant des expériences et des pratiques différentes permettrait d'enrichir son propre répertoire sexuel. L'enquête révèle ainsi que la masturbation féminine est pratiquée régulièrement par 43% des femmes ayant eu au moins 10 partenaires au cours de leur vie, contre 11% de celles qui n'en ont eu qu'un.

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