L'orgasme féminin est-il une obligation ?

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Par Anne Marie

L'orgasme féminin est-il une obligation? - Sexualité - Couple - Etats d'esprit

Aujourd'hui, l'orgasme féminin a le droit de citer et ne manque pas une occasion de faire parler de lui. Comment l'atteindre ? De quoi s'agit-il ? Quels sont ses secrets ? À tel point que l'orgasme est devenu la norme à atteindre en matière de sexualité féminine. Aucune femme ne peut se targuer d'être une femme accomplie si elle ne connaît pas ce Nirvana sexuel lors de ses ébats. Comme l'écrit la sexothérapeute Catherine Blanc dans son livre « La sexualité des femmes n'est pas celle des magazines », vivre l'orgasme ou ne pas le vivre devient la seule alternative à la sexualité féminine. Malheureusement, pour beaucoup d'entre elles, l'orgasme demeure encore un territoire inconnu.
Car, si la femme a obtenu la liberté de jouir, cela ne signifie pas pour autant qu'elle en a toujours la capacité. Reste alors un décalage entre le discours ambiant de la femme qui se doit d'être libérée et ce qui se déroule en réalité derrière les portes closes. Une intimité où la jouissance sexuelle n'est pas si facile à vivre.

Quand connaître l'orgasme devient normatif !

Mais qu'est-ce que l'orgasme féminin ? Ce sont des contractions involontaires du tiers inférieur du vagin. Est-il une obligation ? Non!
Pourtant, pour beaucoup de femmes, ne pas connaître l'orgasme est vécu comme une anormalité. Comme si, en être privées les mettait sur le banc de touche du droit au plaisir et les amputait d'une partie de leur féminité. S'il est tout à fait louable et profondément respectable que la femme ait accès à la jouissance sexuelle, il serait dangereux d'y voir la seule condition à une sexualité épanouie et la preuve d'une émancipation enfin atteinte.
Mais pourquoi l'orgasme féminin est-il perçu comme l'ultime expression de la sexualité féminine ?
Force est de constater que la sexualité féminine est toujours perçue à travers le prisme de la masculinité. En érigeant la femme l'égale de l'homme, on cherche à faire fi de ce qui fait sa singularité. Conséquence, la sexualité féminine se voit réduite à n'être qu'une pâle copie de la sexualité masculine. Si l'homme, grâce à l'éjaculation, conclut chaque rapport par un orgasme, il doit en être de même pour la femme. Pourtant, la sexualité féminine est complexe et paraît toujours pleine de mystères. Elle ne peut se réduire à un acte mécanique finissant systématiquement par un orgasme, à l'instar de l'homme avec l'éjaculation.
S'il est vrai qu'en scandant « la liberté de jouir sans entraves », les soixante-huitards ont permis une libération des mœurs tant au niveau social qu'au niveau culturel, les entraves intimes, elles, demeurent. « Les femmes ne sont pas clitoridiennes ou vaginales, mais elles doivent s'offrir la liberté de pouvoir jouir jusque dans leur vagin. S'autoriser cette jouissance est compliquée, car il s'agit non seulement de laisser l'autre entrer en soi, mais de s'autoriser, femme soi-même, à jouir précisément de cette identité. », écrit Catherine Blanc. Car si le droit à la jouissance est aujourd'hui un acquis pour les femmes, il reste à chacune de découvrir sa propre féminité, sa sensualité, ainsi que son sexe proprement dit et les plaisirs qu'il peut procurer.

La jouissance sexuelle féminine, une affaire individuelle et personnelle

« Le sexe n'est pas dans la tête ou le corps, il est avant tout un mode de vie. » Par ces mots, le sexologue Philippe Brenot résume parfaitement ce qu'est la sexualité. Puisque la pulsion sexuelle est inhérente à la pulsion de vie, l'expression de sa sexualité sera à l'image du regard que l'on porte sur soi, la façon dont on « croque » la vie, et aussi la façon dont on perçoit l'autre et son toucher. Timide, prudente, exubérante, soumise, agressive, sale, honteuse, cachée, inexistante, sans plaisir, vécue pleine de devoirs et d'obligation, rigide, etc. Car, comme l'écrit la sexothérapeute Catherine Blanc, « la sexualité est le point de rencontre d'émotions tues ou inconscientes, qui s'emmêlent, raidissent les corps, bloquent l'accès à un épanouissement personnel ».
Si l'on naît avec un sexe bien défini, cela ne signifie pas pour autant que la sexualité est innée. Souvent considérée à tort comme une aptitude, la sexualité requiert avant tout un apprentissage, une liberté que l'on ose s'accorder, un accès au plaisir que l'on accepte de se donner, un respect et des limites que l'on se pose. Il faut comprendre que si la société offre une caricature toute faite de la sexualité par la pornographie, la sexualité est quelque chose qui se vit, se ressent, et surtout, où il n'existe aucune obligation ou « devoir ». « Chacune doit comprendre qu'il n'y a pas de mode d'emploi, de manuel, de technique, ni de révélation, mais juste une liberté possible, avec ses détours, ses chicanes et sa singularité absolue. »

Il appartient donc à chacune de parcourir son propre chemin, de comprendre les blocages qui sont propres à chacune et de s'autoriser à s'éveiller aux plaisirs charnels dans le respect de soi-même et de l'autre.
Quant à l'orgasme féminin, il faut pouvoir entrevoir que la sexualité féminine ne se résume pas à celui-ci et qu'il n'est pas une fin en soi. Le corps est source de plaisir dans sa globalité et la sexualité féminine ne se résume pas seulement à son appareil génital. Comme l'a écrit la psychanalyste Lucie Irigaray, « La femme a des sexes un peu partout. Elle jouit d'un peu partout. »

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