Le couple, ce n'est pas naturel !

Retrouvez-nous sur

Twitter icon
Facebook icon
Google+ icon
RSS icon

Par Anne Marie

le couple, ce n'est pas naturel - reussir son couple - la femme et l'amour

Si le couple fidèle et amoureux fait toujours rêver, il est plus rare que les « vieux » couples fassent fantasmer. L'état amoureux nous illusionne de la certitude d'une suite facile et heureuse. Cependant, la réalité nous montre que ce n'est pas toujours si facile. Pourquoi ces « vieux » couples ont-ils du mal à tenir dans la durée ? Car le couple n'est pas naturel ! La vie à deux s'apprend et s'entretient. Elle n'est pas innée. Contrairement à l'état amoureux où nous avons juste à nous laisser guider par sa mélodie.
La vie est un mouvement constant, où les gens évoluent. Il est primordial de prendre conscience qu'il en va de même pour le couple. Le couple est loin d'être une entité figée. Comme l'écrit le psychiatre Philippe Brenot dans son livre « Inventer le couple », en matière de couple, il n'y a pas de règle proprement dite. C'est à chacun de savoir inventer et surtout, réinventer son couple !

Laisser vivre le couple

Divorces, familles recomposées, homosexualité, couples libres... Aujourd'hui, tout est possible, ou plutôt, tout se conçoit. Les dernières décennies furent agitées par un raz-de-marée libéral. Comme l'écrit le psychiatre Philippe Brenot, « En quelques années, à la suite de 1968, nous sommes passés d'une morale de devoir à une éthique de liberté ». Mais dans une société où les repères sociaux disparaissent, le couple traditionnel, dernier bastion de la famille comme nous la connaissons, représente, pour beaucoup, une arche de Noé à laquelle s'accrocher en cette période charnière. En témoigne le nombre de manifestations à l'annonce de la légalisation du mariage homosexuel !
Occident, tes repères foutent le camp, pourrait-on dire ! Aujourd'hui, la société ne se centralise plus autour de ses groupes mais de ses individus. Malheureusement, il est difficile de se définir sans repère sur lequel s'appuyer !
À ériger le couple en institution, nous avons fini par oublier que le couple était avant tout une union dynamique. Une alliance en constant mouvement. Le couple vit, vibre, pleure, se réjouit, se meure et quelques fois renaît au gré de ses protagonistes. Que nous le voulions ou non, le couple est vivant ! Et comme tel, il est en proie à des bouleversements. Le considérer comme une institution ou un repère nécessaire à son équilibre le conduit irrémédiablement à sa perte.
Comme le disait un thérapeute « la majorité des couples sont à peine nés, qu'ils sont déjà morts ». Nos rigidités individuelles, nourries par nos peurs et notre besoin de contrôler, finissent par ôter toute énergie vitale au couple. Et cela dans un seul but : nous assurer une sécurité. L'autre n'est pas perçu comme une autre personne, mais comme un élément essentiel à notre équilibre. « Le couple n'est pas un idéal perdu », comme l'écrit Philippe Brenot. Comme nous ne pouvons empêcher une fleur de pousser, nous ne pouvons pas plus interdire à la vie de faire son travail.
Usure, conflits, infidélités, routine, arrivée des enfants, sentiment amoureux qui s’essouffle, le temps qui passe apporte avec lui son lot de vécu. Mais est-ce vraiment les fondements du couple qui ont changé ?
Ce qui a réellement changé serait plutôt la donne. Alors qu'au XIIIe siècle, l'espérance de vie n'atteignait pas trente cinq ans, elle dépasse actuellement les quatre-vingts printemps. Avec une espérance de vie qui s'allonge, c'est la durée possible de la vie en couple qui s'étend. Ce qui soulève la question du pourquoi rester ensemble ? Les progrès sociaux ont aboli l'obligation du couple pour assurer la reproduction et l'éducation des petits. L'humain est désormais libre et a le choix. Alors libre à chacun de choisir l'union qu'il souhaite mettre en place. A l'exemple de ces couples qui préfèrent vivre chacun de leur côté. Mais cela suppose un questionnement personnel. Car cette création de vie ne peut prendre appui que sur une capacité à la liberté et au lâcher-prise.

Inventer son couple

« Et ils vécurent heureux... » Cette phrase a peuplé les contes de notre enfance. Elle résonne en nous et a fini par prendre la place d'une réalité possible. Cependant, plus qu'une utopie, cette phrase est surtout un non-sens. L'affirmation « ils vécurent heureux » laisse entendre qu'une fois les amants réunis, ces derniers sont « figés » dans le bonheur. Aujourd'hui, les découvertes scientifiques expliquent parfaitement qu'il existe une accommodation au bonheur. En résumé, le bonheur ne peut exister dans la routine. Le bonheur réclame le renouveau. De plus, être figé dans un état émotionnel est tout bonnement impossible. À l'exception de quelques expériences traumatisantes qui peuvent plonger le sujet dans un état de torpeur. Et le bonheur ne fait pas partie de ces états ! Certes, nous pouvons, grâce à des efforts et des attentions, cultiver l'état amoureux. Nous pouvons aussi nous épanouir. Mais croire en cette fable revient à nier la vie qui s'écoule.
Il est donc important de prendre conscience que le couple est une entité dynamique, composé de deux individus bien vivants, et comme tout être vivant, voué au mouvement et au changement. (Que toute chose est éphémère est d'ailleurs la seule garantie que l'on ait !)
Nous pensons, à tort, qu'une fois amoureuse, la vie de couple va couler de source. L'amour est un sentiment délicat dont nous avons tous une définition personnelle. Définition qui correspond à notre niveau d'évolution et reflète le plus souvent nos états de manque et notre histoire personnelle. Comme le préconise Brenot, «  Qu'est-ce que l'amour ? C'est ce que l'on devrait se demander avant de faire le couple ». En plus de procurer aux protagonistes du couple l'avantage de se placer dans des dispositions d'amour pour répondre à la question, il permet de mettre à plat ce que chacun attend de l'autre. Mais cette question ne se pose pas seulement au début d'une relation. C'est une question qui se pose mutuellement au gré des changements du couple (naissance des enfants, années qui passent), car il n'est pas rare que la définition que l'on avait de l'amour ait évolué. À l'instar de notre évolution personnelle. Les attentes changent. Le couple se réinvente donc tout au long de la vie.
Le couple meurt et renaît sans cesse. Accepter cet état de fait permet d'accepter plus facilement les changements et de faire le deuil des débuts de la relation. Malheureusement, comme l'écrit Brenot, « On préfère souvent rester aveugle qu'ouvrir les yeux sur une réalité qui oblige à penser ». Que l'on se le dise, le temps n'arrange rien. Le fameux « ça ira mieux plus tard » nous permet juste de repousser les échéances.
Inventer son couple suppose aussi une capacité de remise en cause mutuelle. Car seule une volonté commune peut assurer un fonctionnement sain au couple. Comme l'écrit Brenot, « Les formes les plus viables semblent être celles où le mode de vie est décidé par les deux conjoints, dans une grande liberté vis-à-vis des tiers, sans revendication par rapport au travail commun. Ce sont aussi des couples qui pratiquent la fête et la discussion ».

Si seul un des conjoints accepte la remise en cause, nous ne sommes plus dans une situation de communication et d'échanges mais dans le sacrifice. Il est vrai que la femme est souvent plus disposée à la remise en question. Non que ce soit une affaire de sexe mais plutôt d'histoire. Contrairement à l'homme qui n'a pas vu son statut bougé pendant des siècles, la femme a dû remettre le système en cause pour pouvoir y prendre sa place. La remise en cause, c'est le connu de la femme, pas de l'homme ! Heureusement, tout peut s'apprendre !
Mais si le couple s'invente à deux, la liberté de créer suppose dans un premier temps une construction psychique adulte individuelle, débarrassée de son infantile et surtout de ses bénéfices.

Livre(s) conseillé(s)

Vous aimez cet article ? Dites-le à vos amies

Ajouter un commentaire