Que cache la dépendance affective ?

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Par Anne Marie

Que cache la dépendance affective ? - Couple - Etats d'esprit

Besoin de sécurité, d'amour, d'estime, d'appartenance, de reconnaissance, tout être humain, sans exception, ne peut parvenir à une individualité solide et séparée sans avoir vu ses besoins fondamentaux satisfaits. Lorsqu'une personne en est dépourvue, elle n'a d'autre choix, en vue de pallier ses manques, de développer certains comportements. En d'autres mots, elle ajuste son comportement en fonction de ses failles et de ses exigences, qui varient selon son histoire personnelle.
Cette perspective du psychiatre François-Xavier Poudat permet d'aborder la dépendance affective, non plus comme le problème à régler, mais comme la solution qu'un individu met en place afin de pouvoir vivre son quotidien et combler ses manques. La dépendance devient alors un moyen « plus ou moins artificiel de s'accrocher à la vie ». Mais que cache la dépendance affective et que cherche-t-on à éviter grâce à elle ?

Calmer une angoisse et/ou une tension interne

Le recours à un autre, ou à une substance, est certainement le moyen le plus répandu pour calmer une angoisse, estime le psychiatre François-Xavier Poudat. Pour la plupart des dépendants, l'autre est perçu comme essentiel à leur équilibre, pouvant aller jusqu'à représenter l'oxygène qui leur permet de vivre.
Pourtant, ce n'est pas la présence de l'autre qui est réellement recherché dans la dépendance, mais ce qu'il procure : un effet relaxant. Car, la première motivation des dépendants est d'éviter à tout prix de se confronter aux angoisses et aux peurs qui les animent au plus profond d'eux et qui émergent dès que l'autre disparaît. Cette concentration sur l'autre a aussi pour bénéfice d'apaiser ses propres inquiétudes. Ce qui explique, estime le psychiatre, que la dépendance revêt toujours la forme d'un besoin compulsif.
On retrouve souvent, parmi les nombreux portraits de dépendants, des personnes atteintes de TOC, de phobies et de peurs irrationnelles. Si les phobies et les TOC se mettent souvent en place suite à un traumatisme émotionnel ou expriment une grande insécurité interne, les peurs chez les dépendants sont nombreuses. Peur de la séparation, de la rupture, de l'abandon, d'être vulnérable, de la solitude, du conflit, de déplaire, etc...
S'il souhaite s'émanciper et devenir autonome, le dépendant n'aura d'autre choix que de se confronter à ce qu'il craint le plus : ses propres angoisses et ses peurs. Si certaines peurs peuvent être abordées de façon autonome, certaines angoisses et phobies nécessitent le recours à un thérapeute professionnel.

S'estimer, se valoriser

La raison d'être de la dépendance affective peut se trouver dans l'apport narcissique qu'elle procure. Incapable d'exister par et pour soi-même, incapable de se percevoir comme un être digne d'amour, la dépendance affective peut représenter une source intarissable de nourriture narcissique pour ces personnalités en manque d'estime et d'amour.
Si certains dépendants ont besoin du regard positif de l'autre pour exister et pour agir dans la vie, d'autres dépendants, en acceptant tout, cherchent à n'importe quel prix à devenir importants dans les yeux de l'autre. Prenant leur désamour d'elles-mêmes pour une preuve d'amour pour l'autre, ces personnes parviennent même à se persuader d'être capables d'aimer pour deux. Incapables d'exister hors d'un rapport à deux, elles préfèrent le plus souvent maintenir une relation destructrice plutôt que d'affronter le vide intérieur et le profond désamour qui les anime. Mieux vaut un autre qui aime mal plutôt que pas d'autre du tout.
La dépendance affective, ici, est l'expression d'un profond besoin de reconnaissance, que ce soit de ses capacités, de ses pouvoirs ou de sa valeur. En somme, ces relations, totalement dépourvues d'amour véritable et profondément aliénantes, ne sont que l'expression de profondes carences narcissiques où le pouvoir de déterminer sa valeur est entièrement donné à l'autre. Si ces personnalités dépendantes ont souvent l'impression d'éprouver de fort sentiments amoureux, la force de ce ressenti s'explique avant tout par la force du besoin qu'elles éprouvent à exister et être pour l'autre, à défaut de se l'accorder à elles-mêmes. Cependant, comme l'explique le psychiatre François-Xavier Poudat, « exister pour soi demande un certain détachement et l'instauration d'une distance protectrice raisonnable entre soi et l'autre. » Ces personnalités dépendantes n'ont pas d'autre choix que d'effectuer un long travail sur l'estime qu'elles se portent, pour enfin parvenir à se définir par et pour elles-mêmes et arrêter de donner ce pouvoir à un autre.

Se faire souffrir, se punir et éprouver des sensations fortes

Si certains individus peuvent être dépendants à la présence d'un autre ou à une substance, d'autres sont totalement dépendants à un certain type de scénarios. Relations maltraitantes, abus, violences, recherches systématiques de sensations fortes, etc...
Selon Poudat, tous les dépendants ont en commun la recherche de sensations pour se sentir exister. Et derrière la recherche de sensations fortes se cacherait la recherche de la souffrance. « La souffrance, le manque, amènent à rechercher la passion ; la passion amène à éprouver la souffrance. » La recherche de punitions et de souffrances serait à mettre en rapport avec son histoire personnelle et correspondrait à la « force des scénarios dévalorisants que tout enfant met en place quand il est confronté au silence et au doute.... Seul le pardon soulage... le pardon de soi-même pour n'avoir pas pu être l'enfant parfait qui aurait dû tout comprendre et tout gérer parfaitement malgré son âge. »

Remplir un vide

Emplis d'un vide existentiel, certains dépendants affectifs préfèrent s'attacher à une relation même impossible plutôt que d'affronter le vide qui les consomme. Ces profils évitent la solitude à tout prix et passent leur temps à faire du remplissage de manière boulimique pour éviter le rien, le vide, le manque ou encore l'absence, qui ne sont que des sources d'angoisse.
Malheureusement pour eux, ce vide se manifeste dès qu'il s'agit d'attendre, de prendre des risques, d'affronter une situation inconnue ou d'être seul. Bref, toutes les situations inhérentes à la condition humaine adulte. Ce type de dépendant, comme l'écrit si bien Poudat, est « tellement attaché aux autres, qu'il ne l'est plus à lui-même, à ce qu'il est. » Or, grandir, c'est accepter son imperfection, son impuissance face à certaines situations. Être adulte, c'est savoir rester debout malgré les intempéries de la vie.

Pour sortir de la dépendance, affective ou autres, il est essentiel de comprendre la raison d'être de cette dépendance. Sommes-nous terrifiés par le vide ? Cherchons-nous l'amour et l'estime que nous sommes incapables de nous donner ? Cherchons-nous à fuir une angoisse, un vide ?...Si les raisons peuvent être multiples, c'est en cherchant la réponse à cette question que nous pouvons trouver le chemin qui nous mènera vers un état autonome et adulte.

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