La dépendance affective

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Par Anne Marie

dépendance affective - problème de couple - la relation - la femme et l'amour

Dans nos sociétés occidentales, l'indépendance est valorisée. Considérée comme une force et une qualité, l'indépendance est aussi perçue comme le signe d'un état adulte enfin atteint. Cependant, penser pouvoir être totalement indépendante serait une illusion.
Animal social par nature, l'humain ne peut se passer d'interactions sociales. Nous nous développons à travers ces interactions et nous nous en nourrissons. Nous avons tous, sans exception, besoin des autres pour satisfaire nos besoins. Tout être humain est toujours, à un certain degré, dépendant des autres. Alors, plutôt que de parler d'indépendance, il serait plus juste de parler d'autonomie, d'addiction affective plutôt que de dépendance affective. Mais qu'est-ce que l'addiction affective ? Comment se manifeste-t-elle ? Quel est le profil de ces « dépendantes affectives » ?

Profil et caractéristiques des personnalités dépendantes

Si nous apprécions de nous sentir aimées, nous devons aussi être capables de nourrir assez d'amour de soi pour être autonomes. De nous sentir assez compétentes et confiantes pour nous lancer seules dans le défi de la vie. Et c'est justement là que le bas blesse avec les dépendantes affectives. Que ce soit à une substance ou à une autre personne, la personne dépendante a toujours recours à un objet extérieur. Comme l'écrit Tenenbaum, elle "devient escalve de ce qu'elle consomme." Substitut sans lequel il lui paraît impossible de fonctionner et d'affronter la vie. Une des principales croyances des dépendantes affectives est la perception que la vie ne vaut rien si elle est vécue seule. Pour elles, le statut de célibataire se résume à une non-existence. Il ne peut être perçu qu'avec négativité.
Car à travers l'addiction affective, c'est le désamour de soi qui s'exprime et surtout, l'incapacité d'y faire face. Dans son livre « Vaincre la dépendance », la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum décrit les personnes souffrant d'addiction affective comme des « sujets qui ne s'aiment pas et qui cherchent à l'extérieur ce qui ne se trouve pas en eux... Ils recherchent dans l'autre le sentiment d'une valeur personnelle, le sentiment d'exister ».
D'où vient l'addiction affective ? Elle prend ses origines dans l'enfance, lorsque les besoins d'être aimée et sécurisée n'ont pas été satisfaits. D'après l'écrivain Albert Memmi, «  toutes les dépendances seraient des relais de la dépendance infantile. Le petit de l'homme est particulièrement avide de soins et d'attentions... et l'adulte ne se débarrassera jamais complètement de cette exigence, comme si sa survie en était toujours tributaire». Chez les dépendants, les besoins affectifs sont si carencés qu'ils laissent l'individu face à une terrible angoisse et à un sentiment de vide existentiel. L'autre devient une échappatoire à l'angoisse et à la terreur de la solitude, qui sont ainsi soigneusement évitées. Les dépendantes affectives ont d'ailleurs la certitude que le bonheur, la délivrance de leurs souffrances ne peuvent venir que de l'extérieur, d'un autre enfin comblant. Comme l'écrit le psychologue Nabati, « la caractéristique principale de l'addiction est précisément que le sujet confond le dehors et le dedans et croit en la possibilité de supprimer le mal-être psychique par un recours à un substitut ».
Mais l'incapacité d'être seule n'est pas l'unique manifestation de l'addiction affective. Alors qu'un individu autonome saura nourrir ses besoins et vivre selon ses désirs, la personnalité dépendante est dans l'incapacité de départager le besoin du désir. Tout désir est vécu comme un besoin fondamental, sans possibilités d'en différer la satisfaction, comme il en va pour la faim, la soif ou le sommeil. Le désir est impétueux, revêtant parfois les habits de caprices d'enfant. Toute insatisfaction, refus ou rejet renvoie à l'angoisse de ne pas être aimée, à une menace d'anéantissement.
Avec ces caractéristiques, il n'y a rien d'étonnant que l'addiction affective ait de lourdes conséquences dans son rapport à l'autre.

L'addiction affective dans son rapport à l'autre

« L'autre ne représente plus l'être cher, mais l'oxygène dont on a besoin pour vivre. » Avec cette phrase, le docteur William Lowerstein dépeint parfaitement comment le rapport à l'autre est vécu par les personnalités dépendantes. L'autre est comparable à l'héroïne des toxicomanes ! Dans ces situations, on ne saurait parler d'amour, car l'amour suppose une liberté d'aimer.
Or dans l'addiction, l'individu est privé de sa liberté. Il n'a d'autres choix que de se soumettre à l'attirance irrationnelle qu'il ressent pour l'autre. Ou plutôt la personnalité dépendance ne peut résister à l'illusoire sentiment de sécurité, à l’apaisement que la présence de l'autre lui procure.
Dans l'addiction affective, nous sommes face à une pathologie du lien. Pathologie car dans ce lien, il n'y a pas d'autre, pas d'altérité, juste un substitut pour empêcher les angoisses de se manifester, une tentative pour tenter de réparer ses blessures et combler ses manques.
Bien que cette avidité, ce besoin maladif de l'autre, emprunte souvent les lettres de l'amour pour se légitimer, nous sommes dans un rapport entièrement égocentré. En témoignent les demandes incessantes et excessives faites à l'autre, tel un enfant avec son parent. Car un des ingrédients de l'addiction affective est justement l'immaturité affective.
Cette absence d'amour véritable est souvent difficile à accepter pour les dépendantes affectives car elles ont souvent l'impression qu'elles feraient tout pour cet autre. Ce qui est en quelque sorte vrai, sauf que ce n'est pas réellement pour l'autre que tout est fait, mais dans le seul but d'être aimée et de ressentir enfin un sentiment de valeur personnelle ! En résumé, ce n'est pas l'autre qui est important, mais le fait de ne pas être seule, de se sentir enfin exister, de ne pas être abandonnée et d'éviter de se confronter à son vide existentiel et à ses souffrances.
Malheureusement, cet amour illusoire se paie souvent au prix de l'oubli de soi. Pour garder l'autre à ses côtés, elles n'hésitent pas à se détourner d'elles-mêmes. Elles font fi de leurs émotions et ressentis. Elles taisent leurs failles et leurs désirs. Comme l'écrit la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum dans son livre « Vaincre la dépendance affective », c'est « se taire pour garder l'illusion de la relation parfaite, de l'entente totale ». Car tout affrontement, tout contact réel pourrait être la source d'un rejet tant redouté.

Comment en sortir ? Si des besoins affectifs fortement carencés sont à la base de l'addiction affective, il ne faut pas oublier une estime de soi souvent défaillante. Il est primordial, pour les personnalités dépendantes de prendre conscience des fausses croyances qui les animent. Notamment celle qu'il existe un prix à payer pour être aimée (l'amour est gratuit !) et la certitude de leur impuissance à se prendre en charge et à affronter la vie seule.
La croyance que le bonheur se trouve à l'extérieur, seulement avec un autre, a aussi pour conséquence d'amenuiser la responsabilité personnelle. La responsabilité de son propre bonheur. Dans l'addiction affective, le pouvoir d'être heureuse est entièrement donné à un autre.

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