Le mythe du Grand Amour !

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Par Anne Marie

Le mythe du Grand Amour - l'amour - la femme et l'amour

Le grand amour ! À l'origine de toutes les grandes tragédies, il demeure pourtant l'amour idéal auquel beaucoup de nous rêvons toujours. Nous tressaillons et trépignons à l'idée qu'il frappe enfin à notre porte. Cependant, le grand amour serait un mythe qui appartiendrait à ces visions erronées que nous entretenons sur l'amour et serait aussi une des causes de nombreux échecs amoureux.
Certes, nous pouvons être plus éprises d'une personne que d'une autre. Telle relation peut nous amener à expérimenter un bonheur et des émois que nous ne pensions pas connaître un jour. Alors pourquoi le grand amour est-il un mythe dont il est important de faire le deuil? Car, le grand amour, de part les attentes qui lui sont attachées, est plus souvent source de souffrances, d'illusions et de déceptions que de satisfactions réelles.

Un amour absolu

Un idéal amoureux

Si l'amour naissant nous fait expérimenter, comme l'écrit Alberoni, « le désir profond d'un monde idéal », le mythe du grand amour est prince dans ce meilleur des mondes. On y aspire, on s'évertue à tendre vers lui, mais jamais on ne l'atteint (ou du moins dans la durée). C'est d'ailleurs le propre de l'idéal. Il demeure perché sur son piédestal et nous leurre quelquefois par sa proximité.
Compréhension mutuelle totale, émotions et pensées identiques, cette parfaite correspondance de deux êtres est le ciment sur lequel se bâtit le mythe du grand amour. Pourtant, cette « parfaite correspondance » supposerait que les deux partenaires soient identiques, qu'ils aient eu les mêmes expériences de vie et surtout les mêmes ressentis. Ce qui est, tout bonnement, impossible. Chaque être humain est différent et la relation amoureuse est toujours la rencontre de deux individualités où chacune possède ses particularités. Il ne peut en être autrement. Ce qui expliquerait cependant, la nécessité, qu'ont les amoureux, de s'évertuer à se trouver des expériences communes pour ensuite s'émerveiller devant tant de points communs !
Alors que les différences sont le plus souvent source de richesse pour la relation de couple, car elles poussent à sortir de soi et à construire la relation hors de son connu, les partisans du grand amour s'efforcent de renier ces différences pour ne former qu'un. Le mythe du grand amour est celui d'un amour absolu et supérieur.

Être l'élue

Croire au grand amour, c'est supposer la prédestination, pour deux êtres, à tomber amoureux. Croire en cela, c'est supposer qu'il existe un élu et que nous sommes, par conséquent, l'élue d'un autre. Malheureusement, cette croyance est à l'origine de bien des déceptions et colères. En effet, si nous pensons être l'élue, l'illusion, que l'autre pourrait changer pour nous, est maintenue.
Mais à quoi correspond ce désir de représenter la personne la plus importante aux yeux de l'autre ? Le bébé arrive au monde avec la certitude de son omnipotence. Qu'est-ce que l'omnipotence ? Tout simplement la croyance que l'autre est là pour satisfaire tous ses désirs et ses besoins. Et une mère suffisamment bonne saura nourrir cette omnipotence jusqu'à ce que l'enfant intègre peu à peu la présence d'un monde extérieur et le principe de réalité, ce qui l'amènera à développer l'altérité. Mais qu'en est-il de ces enfants qui ont vu leur omnipotence bafouée à l'origine ? Ils deviendront ceux qui voudront croire au grand amour. Car à travers celui-ci, c'est leur omnipotence qu'ils souhaiteront réparer. Et dans l'omnipotence, il y a toujours une constance : il n'y a pas de véritable altérité !

Un amour où les deux ne forment plus qu'un

L'état de grâce, que nous expérimentons lors de l'état amoureux, nous abuse d'une relation parfaite possible. Tomber amoureuse réveille en nous nos mémoires les plus anciennes. Notamment les mémoires d'une parfaite symbiose que nous avons vécue lorsque nous étions encore dans le ventre de nos mères. Et, certainement, l'état de félicité et de satisfactions que nous avons pu éprouver à cette époque. À ce stade, tous nos besoins étaient comblés sans que nous ayons à nous en soucier.
Le mythe du grand amour s'appuie sur la possibilité de retrouver cet Éden perdu, cette fusion symbiotique. Précisons que la fusion est la disparition d'un « toi » et « moi » au profit d'un « nous » indifférencié. Nous nous fondons dans l'autre pour ne former qu'un. Or, l'amour véritable ne peut voir le jour qu'entre deux êtres individualisés. Il est le mouvement affectif de soi vers un Autre. Si les deux fusionnent, il n'y a plus d'Autre, donc plus d'amour véritable possible.
L'amour absolu ne serait alors que notre désir de retrouver ce paradis perdu. Malheureusement, espérer retrouver cet état est illusoire et condamne la personne à de grandes frustrations, à se maintenir à un stade infantile et à renier la responsabilité de ses besoins. Que l'on le veuille ou non, la séparation est inhérente à la vie adulte.
Il importe donc d'accepter de faire le deuil de ces temps révolus, qui appartiennent à la petite enfance, pour enfin pouvoir partir à la découverte d'un Autre séparé de nous. Pour entrer dans un contact réel avec notre partenaire, dans le respect de nos différences, afin qu'un amour véritable puisse voir le jour.

Le grand amour et ses déceptions

L'impossible perfection

Amour idéal, relation parfaite, prédestination de deux êtres, relation fusionnelle, toutes ces croyances attachées au grand amour, amènent le plus souvent ses partisans à vivre de grandes souffrances en cas d'échec. Beaucoup plus que pour une simple amourette. Pourquoi ?
Car le grand amour comporte de grandes attentes. Parmi ces attentes, est celle d'un Autre parfait pour soi. Tant que nous sommes protégées par la bulle de l'amour naissant et donc dominées par l'illusion que tout est encore possible, la pensée de cette perfection est protégée. Néanmoins, une fois le retour à la banale réalité sonné, cette soi-disant perfection se craquelle. L'autre se découvre comme il est réellement : imparfait, comme le reste du monde.
Alors voici venu le temps des désillusions et des colères qui les accompagnent. Et plutôt que d'accepter cette imperfection, les adeptes du grand amour s'évertuent à rétablir cette parfaite correspondante, qui n'a, en fait, jamais existé, mais qu'ils ont pensé avoir touchée du doigt. Exigences, tyrannie, chantage affectif, conflits, humiliations, tout est alors bon pour tenter vainement de la faire revivre. L'illusoire perfection ne suffit plus, on exige de réelles satisfactions. On exige un changement de l'autre.

Une égalité déniée

Vouloir être l'élue, c'est vouloir être la personne la plus importante pour l'Autre, à défaut de l'être dans les yeux du monde ! Cette attente est la marque de profondes failles narcissiques et un besoin irrépressible de les combler. Malheureusement cette attente peut vite devenir une véritable source de souffrances et de conflits pour les partenaires.
En donnant à l'autre le pouvoir de combler ses failles narcissiques, on lui accorde aussi le pouvoir de malmener encore plus son estime personnelle. Car lorsque l'autre ne se plie pas à cette exigence de changer, ( ce qui est le plus souvent le cas, car chacun est ce qu'il est ! ) ou de ne pas faire passer nos besoins avant les siens, c'est le sentiment de valeur personnelle qui se trouve atteint. S'il ne change pas, c'est peut-être que nous n'en valons pas vraiment la peine. Il est alors très difficile d'affronter cette vérité. C'est pourquoi les échecs amoureux, lorsqu'ils touchent « le grand amour » sont si douloureux. L'échec amoureux, dans ce cas, n'est plus seulement une peine de cœur, il est avant tout une atteinte au sentiment de valeur personnelle.
Comme l'écrit la psychothérapeute Sylvie Tenenbaum, vouloir « être la personne la plus importante pour l'autre est une exigence totalement illusoire. » Chacun demeure toujours le centre de sa vie, même si celui-ci choisit de la sacrifier pour les autres ! En choisissant d'être l'élue, on cultive aussi le déni de sa responsabilité individuelle. C'est-à-dire que la satisfaction de nos besoins fondamentaux relève de notre responsabilité, elle ne relève en rien de la responsabilité d'un autre.

Préférer l'espoir aux satisfaction réelles

Alors que l'amour véritable s'appuie sur la réelle satisfaction de ses besoins, le grand amour se fonde sur l'espoir que ses « besoins seront éventuellement comblés lorsque les circonstances (ou comportements) auront changés. » Tels sont les mots du psychologue Garneau lorsqu'il parle de l'impasse relationnelle inévitable au grand amour.
L'Autre est ce qu'il est. Et il est ainsi depuis le début. Il relève de sa responsabilité de choisir un partenaire qui possède les qualités nécessaires pour combler ses besoins. Tout en gardant à la conscience que personne ne peut combler l'ensemble de nos besoins, seulement une partie d'entre eux.

Il est donc important de renoncer au mythe du grand amour et de lui préférer une relation authentique, où l'Autre est accepté dans sa différence et où les échanges se placent sur un pied d'égalité. Mais aussi, où chacun est responsable de la satisfaction de ses besoins. Il est important de renoncer à la croyance qu'il existe un être pour nous combler entièrement. Car si l'état amoureux nous permet souvent d'y croire, cette dynamique est difficile à maintenir lorsque la banale réalité reprend ses droits.

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