Aimer, ça s'apprend !

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Par Anne Marie

Aimer, ça s'apprend - l'amour - la femme et l'amour

Si l'amour soulève moult passions, et malgré les nombreux échecs essuyés par une kyrielle d'amants, peu de personnes s'aventurent à se demander en quoi consiste le fait d'aimer, et encore moins, à se questionner sur la raison de leurs échecs. Pour la plupart des gens, l'amour serait inhérent à la nature humaine et rien ne serait plus facile que d'aimer. A priori, il suffirait de rencontrer la bonne personne pour que ce sentiment s'éveille en nous. Pourtant, selon le psychanalyste Erich Fromm, aimer serait avant tout un art. Et comme tout art, sa pratique requiert un apprentissage.
Si l'attachement ( souvent confondu avec l'amour ) est indissociable de la nature humaine, car nous sommes avant tout des créateurs de liens, ces derniers ne sont pas pour autant toujours synonymes d'amour. En effet, nous pouvons être attachés à une personne dont les rapports sont dominés par l'hostilité. Comme nous pouvons l'aimer sans éprouver le besoin de nous lier intimement à elle. Pourquoi ? Car l'amour diffère de l'attachement. L'amour serait un mouvement actif, exempt de toute contrainte. Il serait avant tout un sentiment ressenti pour soi-même, qui ensuite, rejaillirait sur les autres, et réclamerait que quelques conditions soient réunies.

Le problème de l'amour

« L'attitude – selon laquelle rien n'est plus facile que d'aimer – reste l'idée dominante sur l'amour malgré les témoignages accablants du contraire. » Avec ces mots, Erich Fromm soulève parfaitement l'aveuglement dont peut faire preuve l'être humain dès que l'on touche au domaine de l'amour.
Du fait des attentes, souvent démesurées, attachées à l'amour, il est étonnant de voir que les échecs touchant à l'amour, soulèvent si peu de remise en question. Nous abordons sans peine notre estime de soi, nos traumatismes infantiles, nos peines, etc., mais rarement notre capacité à aimer. Si ces échecs concernaient tout autre domaine, nombreux serions-nous à rechercher les causes de ces revers afin d'y remédier ! Cependant, dès qu'il s'agit d'amour, nous préférons nous entêter dans des voies, même sans issue, plutôt que de faire face à une réalité qui oblige à penser. Notre capacité à aimer, croyons-nous, est acquise d'avance et est une aptitude déjà aboutie en chacun d'entre nous. Et si nous n'étions pas si capables que cela d'aimer ?
Si l'amour est une expérience personnelle, combien sommes-nous à penser que l'Autre est la réponse à la question ? Comme l'écrit Erich Fromm dans son livre « L'art d'aimer », qu'il n'y ait « rien à apprendre sur l'amour revient à supposer que le problème de l'amour est un problème d'objet, et non de faculté. Les gens pensent qu'il est simple d'aimer, mais qu'il est difficile de découvrir le « bon objet » à aimer – ou qui les aimera. »
En mettant la responsabilité de l'amour sur l'autre, nous évitons la remise en question de notre propre faculté à aimer. Nous nous convainquons que le problème est dans l'objet ciblé par notre amour, rarement dans notre capacité à aimer ou à vivre l'amour ! L'objet demeure, pour beaucoup d'entre nous, la source du problème. Or, il n'y a pas de hasard en amour. Les relations, que nous entretenons, sont toujours à l'image de notre faculté d'aimer.
Combien d'hommes et de femmes sont dans des relations avec des partenaires qui ne veulent pas s'engager ? Ces personnes sont pourtant persuadées qu'elles sont capables d'aimer et sont ouvertes à l'amour. Si c'était vraiment le cas, pourquoi sont-elles attirées par des personnes qui n'y sont pas ouvertes ? Mais il reste toujours plus facile de se dire que si l'autre était différent, il en irait autrement, plutôt que de s'avouer que la relation correspond juste à notre niveau d'évolution... et à l'amour que nous sommes capables de vivre à ce moment précis de notre vie. La capacité à aimer de notre partenaire est juste à l'image de l'amour que nous sommes capables de vivre.
Mais le problème de l'amour ne se limite pas à l'objet. Ce qui tracasse la majorité de nos contemporains n'est pas le problème d'aimer mais d'être aimé ! Les ouvrages et sites abondent en la matière. Comment devenir plus attirante ? Comment séduire ? Comment le rendre amoureux ? Questionnement qui se résume à une seule préoccupation : être aimé, et parfois à n'importe quel prix ! Notamment celui de ne plus être soi-même ou de manipuler l'autre !
Malgré la croyance qu'aimer est une chose aisée, la réalité est qu'aimer véritablement n'est pas aussi facile qu'il y paraît et requiert non seulement un apprentissage mais aussi que certaines conditions soient réunies. Aimer s'apprend !

Les conditions essentielles à l'amour véritable

Si aimer s'apprend, l'exercice peut s'avérer plus difficile qu'on le pensait. Pourtant, comme l'écrit Erich Fromm, « que la tâche soit ardue n'est pas une raison pour s'abstenir d'en élaborer les difficultés et les conditions de réalisation. »
Beaucoup d'entre nous pensent que l'état amoureux est amour. Cependant, du fait des processus biologiques qui l'animent, l'état amoureux serait plus un état subi qu'un état choisi. Pourtant, comme l'écrit Fromm, la plupart des gens « prennent l'intensité de l'engouement, cet état d'être fou de l'autre, pour une preuve de l'intensité de leur amour, alors que cela ne fait que révéler le degré de leur solitude antérieure ». En d'autres mots, l'état de grâce ressenti s'apparenterait plus au bonheur de se sentir enfin connecté à un autre, de ne plus être seul au monde, qu'à de l'amour véritable !
Mais qu'est-ce que l'amour véritable ? S'il s'avère complexe de décrire ce que peut être l'amour véritable, car l'amour est avant tout une expérience personnelle, vécue par et pour nous, certains éléments demeurent immuables pour pouvoir le vivre. Mais quelles sont les conditions essentielles à l'amour véritable ?
Selon les spécialistes de la relation d'amour, l'amour véritable ne peut s'appuyer que sur une certaine maturité. Beaucoup s'accordent à dire, d'ailleurs, que l'enfant n'aime pas ses parents. S'il leur est inconditionnellement attaché, le choix de l'amour viendra plus tard, lorsqu'une certaine autonomie sera acquise et que le choix d'aimer pourra se faire. Car l'amour véritable nécessite d'avoir accepté son statut d'individualité séparée. Comme l'écrit Fromm, « si je m'attache à une autre personne parce que je ne puis me tenir sur mes jambes, il ou elle est peut-être un sauveteur, mais ce n'est pas une relation d'amour. Paradoxalement, l'aptitude à rester seul est la condition à l'aptitude à aimer. » L'amour véritable ne peut s'exprimer qu'entre deux personnes qui communiquent à partir de leur centre et dont l'individualité demeure le point d'ancrage. Car « l'amour ne commence véritablement à s'épanouir que lorsqu'il s'attache à ceux qui ne remplissent pas une fonction à notre égard. » Pourquoi ? Car l'amour ne peut s'exprimer dans la contrainte. Or le besoin est contrainte par nature. L'amour véritable requiert donc d'avoir dépassé la dépendance inhérente à l'enfance, d'avoir fait le deuil de son omnipotence narcissique pour qu'une véritable altérité puisse prendre place. L'amour est donc une action qui nécessite d'avoir acquis liberté et autonomie.

Maturité, connaissance de soi, deuil de ses positions infantiles, acceptation de son statut d'individu séparé et liberté sont donc les conditions essentielles sans lesquelles un amour véritable ne peut voir le jour. Il relève donc de notre responsabilité individuelle d'avancer sur cette route, aussi ardue soit-elle, car, comme l'écrit Fromm, « l'affirmation de notre vie, de notre bonheur, de notre connaissance et de notre liberté, s'enracine dans notre capacité d'aimer. »

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