Chapitre 2 - Lilou rencontre son prince

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C'est ainsi qu'elle rencontra Hubert. Hubert éprouvait de lourds ressentiments envers les femmes. En témoignait le peu de respect et d'estime véritable dont il faisait preuve envers Lilou. Mais après tout, les hommes étaient tous des crapauds !

la princesse et le crapeau - chronique Anna Mouchaka - la femme et l'amour

Grâce à Hubert, les lanternes des schémas affectifs de la jeune femme s'éclairaient à chacune de leurs rencontres. Le plaisir, ressenti au réveil de son connu, provoquait un véritable feu d'artifice dans son inconscient. De ces états, Lilou avait déduit qu'elle était amoureuse d'Hubert. C'était d'ailleurs, selon elle, ce pour quoi elle supportait ce qu'elle supportait.
Aveuglée par ses besoins d'y croire, son inconscient l'assistait parfaitement dans cette tâche. Ce dernier, érigeant les croyances en vérités absolues, nous permettait également de ne pas voir chez l'autre ce que l'on refusait de voir chez soi. Ainsi, déniant l'irrespect que Lilou avait pour les hommes et pour elle-même, elle ne pouvait voir chez Hubert que cet irrespect et ce manque d'estime pour l'autre n'était que l'expression de son monde intérieur à lui, de son rapport au monde, que tout cela n'avait rien à voir avec un autre et surtout, que ces comportements n'étaient pas le propre de l'homme.
Des comportements d'Hubert, Lilou avait déduit qu'il l'aimait. Ses attitudes ne pouvaient qu'être des preuves de sa peur de l'engagement, de sa peur de l'amour qu'il ressentait déjà pour elle ! Il ne pouvait en être autrement, se disait-elle.
Non seulement Hubert lui permettait de retrouver ses attachements infantiles, son connu, et surtout, son inconscient y voyait là une occasion de guérir quelques-unes de ses blessures. Alors, perchée sur le fantasme d'une toute-puissance servant à masquer le véritable sentiment d'impuissance qui l'habitait, elle se mit à croire que la bonté de son amour allait changer Hubert. Changer le crapaud en prince.
D'ailleurs Hubert, en bon irresponsable pervers immature, ne lui avait-il pas dit que ses comportements venaient du fait qu'il n'était pas amoureux d'elle. Lilou avait donc le pouvoir de provoquer irrespect et désamour chez lui ! Ce qui vérifiait sa croyance que l'on était responsable des comportements d'autrui ! Que l'on avait un réel pouvoir sur autrui! Si elle avait ce pouvoir et si elle était vraiment bonne, elle possédait donc, par conséquent, le pouvoir de son contraire : faire naître l'amour chez un autre !
Les prémices à la relation avaient permis à chacun de vérifier, de tester la concordance de leur monde intérieur. Et il était clair que leurs mondes se complétaient parfaitement. Pour le meilleur... et surtout pour le pire ! Lilou était parfaite pour Hubert. Et Hubert était parfait pour Lilou.
De leur manque de respect mutuel et d'estime véritable pour eux-mêmes était née une certaine complicité. Chacun retrouvait le connu de son monde interne au contact de l'autre, et ce, dans une inconscience plus que délectable. Illusions, apparences et dénis en tous genres leur permettaient d 'envisager la promesse d'une relation, dont l'avenir, sans le savoir, était scellé d'avance.
Avec pour alliée la très répandue espérance de jours meilleurs et que le pire était derrière eux, ils se jetèrent avec ivresse dans l'aventure amoureuse. Leurs synapses respectives leur firent connaître le nirvana amoureux. Endorphine, ocytocine, dopamine et autres hormones écrasèrent sans vergogne leur vie de tous les jours, laissant place aux feux d'artifice amoureux.
Lilou était ravie. Le crapaud était devenu prince. Non parce que le crapaud était devenu prince. Mais l'illusion de sa toute-puissance à changer l'autre venait de prendre réalité, pensait-elle. Toutes les pensées négatives à son égard, qu'elle repoussait sans cesse d'un revers d'esprit, étaient bien infondées comme elle l'avait tant espéré. Le vilain canard qu'elle pensait être était devenu princesse. Une princesse avec des pouvoirs !