La princesse et le crapaud

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Chapitre 1 - Lilou

Il était une fois Lilou, une jeune et jolie femme, à qui il tardait de rencontrer son prince charmant. Lilou souffrait, dans le plus grand secret de son inconscient, d'un profond manque d'estime, de respect et d'un véritable amour pour elle-même. Pour ne pas faire face aux affres de ses failles narcissiques, Lilou cultivait apparences et illusions, et surtout évitait les prises de conscience qui auraient pu l'y confronter.

Serviable et toujours prête à se sacrifier pour autrui, Lilou était considérée comme une personne aimable par son entourage. Le qualificatif « gentil » était d'ailleurs souvent employé pour la dépeindre. Non à cause d'un manque d'intelligence, car Lilou était dotée de très bonnes capacités intellectuelles. Gentille, parce qu'elle faisait toujours passer les besoins des autres avant les siens.
Il fallait bien reconnaître que le modèle et les apprentissages, qu'elle avait reçus pendant son enfance, l'avaient largement préparée à l'autosacrifice humain. Sa mère était une femme qui avait, tout au long de sa vie, allègrement cultivé l'oubli d'elle-même, et, sans même s'en rendre compte, elle avait naturellement eu des attentes similaires envers sa fille.

la princesse et le crapeau - chronique Anna Mouchaka - la femme et l'amour

Lilou, qui ne demandait qu'à être aimée, comme tous les enfants, avait donc vaillamment assimilé ces comportements. C'est ainsi que Lilou avait appris à faire passer les besoins des autres avant les siens, à ne pas se donner le droit d'exister, et surtout à croire qu'il y avait un prix à payer pour être aimée. Cet état d'être était devenu comme une seconde nature pour elle. Tant et si bien que la jeune femme ne pouvait s'imaginer qu'il pouvait en être autrement.
Sa vision du couple, même si Lilou s'évertuait à croire en une image romanesque possible de celui-ci, était empreinte de croyances laissées par l'histoire du couple parental dans lequel elle avait grandi. Sur ce point, il fallait dire que Lilou n'avait pas été gâtée. Dysfonctionnements, échanges maltraitants et négatifs, égocentrismes, irresponsabilités, dépendances, leurres et illusions, tels avaient été les maîtres mots de l'union entre son père et sa mère.

Toutefois, en discutant avec ses amies, elle s'était aperçue qu'elle était loin d'être la seule dans ce cas ! Elle en avait déduit que pour un couple parental moyen, il était normal de faire perdurer une relation en absence d'amour, même quand celle-ci était dominé par l'hostilité. Ah ! Ces parents ! Il fallait, néanmoins, bien avouer que tous ces enfants, devenus grands, l'acceptaient d'autant plus car, d'après leurs parents, ces couples demeuraient ensemble pour eux ! Au moins cet argument, si couramment employé, leur octroyait le leurre d'une importance, d'une toute-puissance qu'ils n'avaient jamais vraiment eue pendant leur enfance !
De cette mésentente familiale, Lilou en avait tiré plusieurs croyances. Des irrégularités commises par son père et par conséquent des noms d'oiseaux dont l'affublait son épouse, Lilou avait intégré la croyance que tous les hommes étaient des crapauds. Son père, en bon pervers irresponsable et immature, rejetait la responsabilité de ses actes sur son épouse, l'accusant d'ailleurs d'être la seule fautive de ses comportements abusifs. Ce qui avait permis à Lilou de croire que l'on pouvait être responsable des comportements des autres. A vrai dire, peu lui importait, car Lilou était certaine de réussir là où sa mère avait échoué. Elle saurait transformait un crapeau en prince.
C'est ainsi, armée de ses schémas affectifs, de la garantie qu'elle pourrait échapper à ceux-ci, de ses croyances et de ses illusions sur l'amour, que Lilou était arrivée à l'âge où le rêve d'une histoire d'amour « adulte » pouvait enfin prendre place dans la réalité.