Virtuel:Imaginaire ou réalité?

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Par Anne Marie

virtuel: imaginaire ou réalité - rencontre internet - célibat - la femme et l'amour

Amis internet, chats, forums, communautés en réseau... Aujourd'hui, on ne peut démentir l'importance du monde virtuel dans la vie sociale. Les amis ne se comptent plus seulement dans le monde physique, mais aussi dans le monde virtuel. Amis auxquels nous accordons d'ailleurs autant de légitimité qu'aux amis « physiques », sans même jamais les avoir rencontrés. Mais que signifie le mot « virtuel » ?
D'après la définition du mot virtuel, cet adjectif désigne ce qui est en puissance, c'est-à-dire ce qui en devenir, mais pas encore actuel. Tel le cerisier présent virtuellement dans le noyau du fruit. Alors ces amitiés, ces rencontres faites sur Internet appartiennent-elles au réel ou à l'imaginaire ? Pourquoi cet engouement ? Alors que ce monde n'existait pas il y a vingt ans, pour beaucoup d'entre nous, il serait aujourd'hui difficile d'imaginer vivre sans.

Un monde où la séparation n'existe plus

En moins d'un siècle, les modes de communication ont connu une multitude de révolutions technologiques. De la missive envoyée à dos de cheval, au courrier parvenu dans la boîte aux lettres (qui aujourd'hui ne sert plus qu'aux factures !), nous voici à l'époque de la communication instantanée. Si ces progrès sont appréciables et correspondent parfaitement à une société où tout va de plus en plus vite, ils ont aussi une incidence, qui est loin d'être négligeable, sur notre façon de percevoir l'absence, l'attente et la séparation.
Aujourd'hui tout le monde est joignable, connecté en permanence. Et gare à celui ou celle qui ose ne pas l'être ! Nous n'avons plus d'excuse au fait d'être injoignables. Impossible de s'enregistrer aux abonnés absents ! Car si ces progrès technologiques offrent la possibilité d'avoir une réponse immédiate, beaucoup ont érigé cela en exigence. À tel point que l'on voit émerger une réelle intolérance à l'attente. Intolérance que chacun finit par trouver légitime !
Dans ce monde dématérialisé, la présence d'un autre ne stipule plus la présence de son corps. Son adresse de courriel, son numéro de téléphone ou son identifiant suffisent à assurer le lien. Avec ce contact permanent, non seulement possible mais surtout banalisé, c'est la séparation inhérente à la condition humaine qui est niée. La séparation des corps est devenue obsolète, car l'absence de l'autre n'est jamais totale. D'ailleurs deux touches digitales permettent de cultiver allègrement cette illusion.
La présence permanente d'un autre, si on le souhaite, et surtout le déni de sa propre solitude, ne sont pas les seules conséquences au développement du monde virtuel. Aujourd'hui, Internet est devenu un véritable lieu de vie. Un lieu dans lequel il est possible d'évoluer et de vivre des expériences. Il est devenu, selon le psychiatre Serge Tisseron, « un remède miracle contre l'angoisse d'abandon... un puissant anxiolytique en même temps qu'un bon excitant.... une machine à oublier ».

Imaginaire ou réalité ?

Comme sa définition l'indique, l'adjectif « virtuel » désigne ce qui est en devenir. Ce qui n'existe pas encore mais est déjà en puissance. Dans cet entre monde, entre réalité et imaginaire, difficile de définir ce qui est. Le monde virtuel est par essence indécidable. Chacun est « libre de lui donner le degré de réalité qui lui convient », comme l'écrit Tisseron. Le monde virtuel permet à chacun de vivre ses rêves de rencontres, de relations, tout en évitant soigneusement ce qui pourrait déranger dans une relation physique. Alors que le monde physique est un monde fait de contacts réels, de confrontations à la réalité, le monde virtuel est le support sur lequel chacun peut projeter ses croyances, sans avoir à vérifier leur bien-fondé.
Chacun est libre d'y entrer et d'en sortir à sa guise. Internet est la réponse parfaite à l'ambivalence qui anime nos contemporains. « Être seul, mais pas trop. Être avec un autre, mais juste assez ». Internet permet l'évitement d'une trop grande solitude en même temps qu'il assure des contacts qui ne seront pas trop intrusifs, et cela au gré de l'utilisation de son bouton « Marche/Arrêt ».

Alors réalité ou imaginaire ? Si la réalité est complexe, l'imaginaire, lui, se contente de ce que nous voulons bien voir ou croire. Parfois au détriment de ce qui est réellement. Dans ce monde virtuel, chacun parsème des morceaux de soi, de ce qu'il veut bien montrer. L'individu n'est jamais présent dans sa totalité et sa complexité. Alors, on invente ce qui manque. On se prend à rêver ou à croire à la relation parfaite enfin trouvée.
Mais si le monde virtuel n'est pas le monde physique car aucun de nos sens n'est impliqué, pas même notre corps. Il n'en reste pas moins que les expériences vécues sont, quant à elles, bien réelles. Comme un film devant lequel nous versons une vraie larme, alors que nous savons qu'il s'agit d'une fiction, les émotions ressenties lors de ces expériences sont, quant à elles, bien réelles. Alors, comme l'écrit Serge Tisseron, « Il semble qu'il faille avoir eu – et avoir – un minimum de satisfaction et de gratification dans la vraie vie pour faire un bon usage du virtuel ».

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