Jurer soulagerait la douleur !

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Par Anne Marie

Jurer soulagerait la douleur - bien-être - etats d'esprit

Pour choquer, en réponse à une attaque, voire par habitude, ou tout simplement pour faire redescendre la pression, les insultes et autres jurons seraient communs à la plupart des cultures. Cependant, bien que les injures véhiculent une image plutôt négative, elles auraient pour bénéfices d'induire une hypoalgésie (diminution de la sensation de douleur) lorsque nous avons mal. C'est en tout cas ce qu'a démontré l'universitaire américain Richard Stephens et son équipe. Plus qu'une diminution de la sensation de douleur, les jurons augmenteraient aussi la tolérance à la douleur et le rythme cardiaque. Ce qui vient mettre à mal la croyance, selon laquelle les insultes, en situation de souffrance physique, ne seraient qu'une réponse inadaptée ou le comportement d'individus mal élevés !

L'expérience du seau d'eau glacée

Pour valider leur hypothèse de départ, selon laquelle jurer aurait un effet sur la tolérance à la douleur et sur sa perception, l'équipe de chercheurs à demander à des individus de plonger leur main dans une eau à 5°C et ce, dans une pièce à 25°C. La consigne était simple : tenir le plus longtemps possible (avec un maximum de 5 minutes) en criant soit des insultes, soit un mot commun. Afin de garantir la véracité des résultats de l'expérience, les scientifiques ont pris en compte plusieurs variables : le sexe, la peur de la douleur, la tendance à dramatiser et la perception de la douleur.
Les résultats furent plus que significatifs. La plongée dure plus longtemps si l'on pousse un ou des jurons tout au long de l'expérience que si l'on a recours à un mot commun. Lorsque les sujets étaient autorisés à jurer pendant l'expérience douloureuse, ils percevaient également les sensations comme moins douloureuses et voyaient leur rythme cardiaque augmenter. Les jurons auraient donc un effet hypoalgésique ! Plus on jure, moins on souffre !
Si la perception de la douleur diminuait autant pour la femme que pour l'homme, la femme bénéficierait plus des effets des jurons que les hommes, puisqu'une plus grande diminution de la sensation de douleur fut enregistrée ainsi qu'une plus grande augmentation du rythme cardiaque chez les sujets de sexe féminin. Certains chercheurs expliquent cette différence par le recours aux jurons comme une attitude plus répandue chez les hommes que chez les femmes. Les hommes seraient donc sous le coup d'un effet d'habituation. En d'autres mots, plus nous sommes habitués à jurer, moins nous bénéficions de ses effets bénéfiques !
Pourtant demeure une différence inexpliquée. Si, dans tous les cas de figure, la femme profite plus des effets positifs des injures lors d'une sensation de douleur, les hommes dotés d'une forte tendance à dramatiser la douleur seraient privés des bénéfices des insultes « cathartiques » ! Selon eux, l'effet hypoalgésique dû aux jurons se ferait moins sentir.

Explications

Si le fait de jurer apparaît essentiellement dans des contextes émotionnellement négatifs, de nombreuses études ont montré que les émotions négatives avaient pour conséquence de produire autant d'effets hypoalgésique (diminution de la sensation de douleur) que hyperalgésique (augmentation de la sensation de douleur). La réponse ne serait donc pas à chercher dans la négativité de l'expérience, mais s’appuierait plus sur le même processus que celui de la peur.
La neurobiologie nous enseigne que la peur entraîne une activation de l'amygdale qui inhibe le flux des signaux de la douleur (pour mieux appréhender les situations de combat ou de fuite). Il se pourrait donc que le fait de jurer, qui toucherait les profondeurs de notre cerveau émotionnel, serait perçu comme une réaction d'alarme face à une menace présente par le cerveau, à l'instar de la peur, augmentant le rythme cardiaque, phénomène significatif précédant le combat ou la fuite et entraînant du même coup une diminution de la sensation de douleur.
Ainsi, selon les docteurs Rhudy et Meagher, le phénomène d'hypoalgésie aurait lieu seulement si l'émotion négative ressentie provoquait plus de peur que d'anxiété. Car, si la peur est une réponse immédiate à une menace présente, l'anxiété est une émotion orientée vers le futur, caractérisée par un état d’hyper-vigilance, mais où le choix entre combat et fuite n'est pas encore à faire. Dorénavant, en situation de souffrance physique, ne nous empêchons plus de faire appel à nos expressions les plus crues, car, c'est prouvé, jurer, en plus de nous soulager, nous permettrait d'être plus endurants !

source : Stephens, R. et al (2009). Swearing as a response to pain. NeuroReport 120: 1056-1060. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19590391

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