Et si les bonheurs de courte durée étaient les meilleurs !

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Par Anne Marie

Et si les bonheurs de courte durée étaient les meilleurs , - bien-être - états d'esprit

Si vous aviez le choix entre interrompre une expérience positive par une courte pause ou interrompre, de la même façon, une expérience négative, que choisiriez-vous ? Comme tout le monde, il y a de fortes chances que vous choisissiez d'interrompre l'expérience négative et de garder intacte l'expérience positive. Car, comme beaucoup, vous penseriez qu'interrompre une expérience positive gâcherait votre plaisir et interrompre une expérience négative rendrait la chose plus supportable.
Pourtant, des expériences menées par deux professeurs en marketing, D. Nelson de l'université de Californie et T. Meyvis de l'université de New York, viennent de démontrer que, contre toute attente et, surtout, contre toute croyance, un choix avisé serait de faire le choix contraire !


Une réalité contraire aux croyances !

Si les croyances influencent les gens à choisir de conserver les expériences positives intactes et d'entrecouper les expériences négatives d'une pause, cette erreur serait due, selon les chercheurs, à une surévaluation de l'impact de l'expérience dans le temps.
Confronté à une expérience, négative ou positive, le cerveau humain se trouve face à deux procédés mentaux possibles : la sensibilisation ou l'adaptation. La sensibilisation correspond à une augmentation du ressenti dans le temps en réponse à un stimulus donné, l'adaptation, quant à elle, s'apparente à une baisse du ressenti face à une confrontation continue à la même source d'excitation.
Selon les deux universitaires, l'erreur communément commise viendrait du fait de surestimer la mise en place du procédé mental de sensibilisation, et de sous-estimer le phénomène d'adaptation, appelée aussi habituation.
Or, selon les deux universitaires, si le phénomène de sensibilisation existe bel et bien, il ne sera effectif qu'en situation de stimuli complexes, tel que l'appréciation de bons vins. Plus on en boit, plus on serait capables d'en apprécier les saveurs. Dans la réalité, le processus d'adaptation serait la norme comportementale. Conséquence, la plupart des gens surestimeraient la durée du bonheur ressenti suite à une prise de décision ou une expérience positive, pensant demeurer sensible au bonheur ressenti, alors qu'en réalité, c'est le procédé d'adaptation qui se met en place, donc, une baisse dans le temps du sentiment de bonheur.
Des expériences antérieures ont pu mettre à jour le recours quasi systématique du procédé d'adaptation lorsque les personnes étaient confrontées à un très large éventail d'expériences, positives ou négatives. Ces études ont montré que les gens s'habituent très rapidement à leur parfum préféré de crème glacée, aux augmentations de revenus régulières (être augmenté régulièrement nous gâcherait le plaisir d'être augmenté!). Étonnamment, nous nous habituerions autant à gagner au loto, si les victoires étaient monnaies courantes, qu'à des conditions de vie difficiles ou à des phénomènes naturels climatiques, si nous y étions confrontés régulièrement. Dans chaque cas, malgré la surestimation de la durée du bonheur, ou du déplaisir, ressenti, l'intensité subjective de l'expérience tend constamment à baisser avec le temps.
Mais si la plupart des gens pensent qu'interrompre une expérience hédoniste affaiblirait le sentiment de bonheur, quelle influence cette croyance peut avoir sur le ressenti effectif lorsque l'expérience positive est entachée d'une pause ?


Le bonheur ressenti est plus grand lorsque l'expérience est entrecoupée !

Pour vérifier leur hypothèse, l'équipe de chercheurs a mis en place deux expériences. L'une positive. L'autre, négative. Pour l'expérience positive, les consommateurs recevaient un massage de 3 minutes. Bien qu'ils aient tous choisi de recevoir ce massage de façon continue, ils ont reçu ensuite un massage où une pause d'une vingtaine de secondes était insérée au milieu du massage. Les résultats étaient sans appel. Malgré les croyances des consommateurs, le bonheur ressenti était plus fort lorsque le massage était entrecoupé d'une petite pause au milieu.
Pour ce qui fut de l'expérience négative, il s'agissait d'écouter, pendant un certain temps, le bruit d'un aspirateur en continu. Si tous les consommateurs avaient choisi de faire une pause au milieu de l'expérience, pensant rendre l'affaire moins irritante, les résultats furent contraires aux intuitions des consommateurs. Lorsqu'une pause était insérée pendant l'expérience, la reprise du bruit rendait l'expérience encore plus irritante que lorsqu'ils avaient écouté le bruit de l'aspirateur en continu. Afin de vérifier que ce n'était pas l'appréciation du silence, lors de la pause, qui rendait le bruit encore plus déplaisant lors de sa reprise, les chercheurs ont reconduit l'expérience en remplissant la pause d'un bruit neutre (le son d'une voix). Les résultats demeurent inchangés.
Pourquoi, lors d'une expérience positive, une courte pause rend l'ensemble plus satisfaisant, alors qu'une pause lors d'une expérience négative rend la chose plus irritante ? Car en insérant de petites pauses, c'est le processus d'adaptation qui se trouve dérégler. Ainsi, le ressenti, qu'il soit positif ou négatif, voit son procédé sensitif relancer. Les gens ne peuvent ni s'adapter, ni se sensibiliser, lorsque des pauses sont mises en place.
En d'autres termes, afin d'augmenter le plaisir ressenti, le choix avisé, devant une boîte de chocolats, serait de faire de petites pauses entre les bouchées, plutôt que de les ingérer goulûment, pour empêcher notre cerveau de s'habituer au plaisir de manger du chocolat. Quant aux expériences négatives, il vaudrait mieux choisir de les traverser d'une traite, plutôt que de s'octroyer une pause, pensant, à tort, que cela rendra la chose plus supportable. Car, contrairement aux expériences positives, il vaudrait mieux exploiter le phénomène d'habituation à son maximum pour les expériences négatives !
Les chercheurs précisent, toutefois, que ces phénomènes ne sont valables que pour des expériences d'intensité moyenne. Des pauses peuvent être la bienvenue lors d'expériences négatives, car elles permettent aussi de récupérer. La durée des pauses serait aussi à prendre en compte. Une petite distraction serait suffisante pour dérégler le procédé d'habituation. De plus, il existe des choses auxquelles on ne peut s'adapter, comme le fait de vivre près d'une autoroute. Le bruit irrégulier du passage des voitures est une des choses auquel il est tout simplement impossible de s'habituer !

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